L’automne transforme les pâtures. L’herbe verte et luxuriante de l’été perd de sa richesse et se raréfie. C’est le moment de réintroduire le foin dans l’alimentation de votre cheval, marquant ainsi la transition alimentaire du cheval du pré au foin. Ce changement peut paraître anodin. Il s’agit pourtant de la transition alimentaire la plus délicate de l’année. Le système digestif du cheval est un mécanisme de haute précision, extrêmement sensible aux variations. Une transition du pré au foin mal gérée est l’une des principales causes de coliques. Vous devez donc aborder cette étape avec méthode et patience. Ce guide vous détaille le protocole à suivre pour une transition en toute sécurité.
Pourquoi cette transition est-elle si délicate pour le cheval ?
Pour bien agir, vous devez comprendre les processus biologiques en jeu dans le système digestif de votre cheval. Le passage de l’herbe au foin n’est pas un simple changement de menu. C’est une révolution pour son organisme.
L’herbe et le foin : deux aliments très différents
À première vue, l’herbe et le foin se ressemblent. Leur composition est pourtant radicalement différente. L’herbe fraîche contient environ 80% d’eau. Elle est riche en sucres simples et en protéines. Le foin, lui, est une matière sèche. Il ne contient qu’environ 15% d’eau. Sa teneur en fibres structurales (cellulose, lignine) est beaucoup plus élevée. Le cheval doit donc boire beaucoup plus pour digérer le foin. L’effort de mastication est également bien plus important.
L’équilibre fragile de la flore intestinale
Le secret de la digestion du cheval réside dans son gros intestin. Cet organe abrite des milliards de micro-organismes (bactéries, levures, protozoaires). Cette flore intestinale est essentielle. Elle dégrade les fibres que le cheval ne peut pas digérer seul. Or, cette flore est hautement spécialisée. Certaines bactéries sont adaptées à la digestion de l’herbe. D’autres sont spécialisées dans la digestion du foin. Un changement brutal d’alimentation provoque un déséquilibre majeur. Les « bonnes » bactéries meurent massivement. Elles libèrent des toxines. Cela peut entraîner des gaz, des diarrhées, des coliques ou même une fourbure.
Le protocole de transition : une méthode progressive en 3 semaines
La seule règle d’or pour cette transition alimentaire du pré au foin est la progressivité. Vous devez laisser le temps à la flore intestinale de votre cheval de s’adapter. Une période de trois semaines est un minimum incompressible pour réaliser ce changement en toute sécurité.
Étape 1 (Semaine 1) : L’introduction du foin
Durant la première semaine, votre cheval continue de passer la majorité de son temps au pré. L’objectif est de familiariser son système digestif avec le nouvel aliment. Commencez à distribuer une petite quantité de foin chaque jour. Donnez-lui par exemple une à deux tranches (environ 1 à 2 kg) dans son box la nuit, ou dans un râtelier au pré. Son organisme va ainsi commencer à développer les micro-organismes nécessaires à la digestion du foin.
Étape 2 (Semaine 2) : L’augmentation progressive du foin
Au cours de la deuxième semaine, vous allez inverser lentement les proportions. La qualité de l’herbe diminue naturellement. Vous augmentez donc la quantité de foin distribuée chaque jour. Ajoutez environ 1 kg de foin tous les deux jours. Le système digestif s’adapte en douceur. La nouvelle population de bactéries se développe sans créer de déséquilibre brutal. Continuez de laisser un accès à la pâture.
Étape 3 (Semaine 3) : Le foin devient l’aliment de base
À l’entame de la troisième semaine, le foin doit constituer la majeure partie de l’apport en fourrage. L’herbe du pré devient un simple complément. À la fin de cette semaine, la transition est normalement terminée. La flore intestinale de votre cheval est adaptée à un régime à base de foin. Vous pouvez alors commencer à distribuer la ration de foin complète pour l’hiver.
Les points clés pour une transition alimentaire pré-foin réussie
Le respect du calendrier est essentiel. D’autres facteurs contribuent également au succès de votre transition alimentaire.
Choisir un foin de grande qualité
La qualité du foin est un paramètre non négociable. Un foin de mauvaise qualité peut annuler tous les bénéfices d’une transition bien menée. Choisissez un foin de première coupe, récolté dans de bonnes conditions. Il doit sentir bon « la prairie ». Sa couleur doit être verdâtre, et non jaune ou brune. Il doit être exempt de poussière et de toute trace de moisissure.
Assurer une hydratation constante
Le passage d’un aliment humide à un aliment sec augmente considérablement les besoins en eau. Une hydratation insuffisante, combinée à un apport élevé en fibres sèches, est un facteur de risque majeur de colique d’impaction (bouchon). Vérifiez que votre cheval a toujours accès à une eau propre, fraîche et en quantité illimitée.
Utiliser des probiotiques ou des prébiotiques
Pour les chevaux particulièrement sensibles sur le plan digestif, un soutien peut être utile. Une cure de probiotiques (qui apportent de bonnes bactéries) ou de prébiotiques (qui nourrissent les bonnes bactéries) peut aider à maintenir l’équilibre de la flore intestinale pendant cette période de stress digestif. Demandez conseil à votre vétérinaire.
Surveiller les signaux d’alerte
Pendant toute la durée de la transition, observez attentivement votre cheval. Certains signes doivent vous alerter. Une baisse d’appétit, des crottins plus secs, plus petits ou plus rares, sont des indicateurs d’un transit qui ralentit. Si vous observez le moindre signe de colique (cheval qui se regarde les flancs, gratte le sol, se couche et se relève), n’attendez pas. Appelez immédiatement votre vétérinaire.
FAQ – La transition alimentaire du pré au foin
1. Puis-je faire une transition plus rapide si mon cheval n’est pas sensible ?
Non, c’est fortement déconseillé. Même un cheval réputé « solide » possède une physiologie digestive sensible. Le risque de colique est réel pour tous les chevaux, sans exception. Trois semaines est un minimum.
2. Que faire si je dois changer de foin au milieu de l’hiver ?
Vous devez appliquer exactement le même principe. Si vous changez de fournisseur ou de type de foin, réalisez une nouvelle transition progressive sur une à deux semaines. Mélangez l’ancien foin avec le nouveau, en augmentant peu à peu la proportion du nouveau.
3. Mon cheval ne mange que de l’herbe enrubannée. La transition est-elle la même pour passer au foin sec ? Oui, absolument. L’herbe enrubannée est plus humide et sa composition est différente de celle du foin sec. La transition doit donc être menée avec la même progressivité et la même prudence que pour le passage de l’herbe fraîche au foin.
Encore à savoir sur la transition alimentaire pré-foin chez le cheval
4. Quelle quantité de foin dois-je donner à mon cheval une fois la transition terminée ?
La recommandation de base est de distribuer au minimum 1,5 kg de foin pour 100 kg de poids vif du cheval. Pour un cheval de 500 kg, cela représente au moins 7,5 kg de foin par jour. Cette quantité peut être augmentée, notamment pour les chevaux vivant en extérieur.
5. Comment ralentir l’ingestion du foin ?
Pour éviter que votre cheval ne se jette sur son foin, vous pouvez utiliser un filet à foin ou un râtelier « slow feeder ». Ces dispositifs l’obligent à manger plus lentement, ce qui est excellent pour sa digestion et son moral.
6. Est-il normal que mon cheval boive plus depuis qu’il mange du foin ?
Oui, c’est tout à fait normal et même souhaitable. Le foin étant très sec, le cheval doit compenser en buvant davantage pour assurer une bonne hydratation du bol alimentaire dans son tube digestif.
7. La transition est-elle la même pour les concentrés (granulés) ?
Oui, toute modification de l’alimentation, y compris un changement de type ou de quantité de granulés, doit se faire de manière progressive sur une dizaine de jours au minimum.
