Un cheval qui tousse en sortant du box. Une respiration sifflante après un effort pourtant modeste. Une performance en baisse progressive, sans raison évidente. À l’écurie au quotidien, ces signaux passent parfois inaperçus — jusqu’au jour où ils deviennent impossibles à ignorer. Les maladies respiratoires du cheval représentent pourtant l’une des premières causes de contre-performance et d’arrêt de travail chez le cheval sportif et de loisir.
L’appareil respiratoire équin est d’une complexité remarquable. Un cheval de sport de haut niveau peut ventiler jusqu’à 1 800 litres d’air par minute à l’effort maximal. Cette capacité extraordinaire implique aussi une vulnérabilité : poussières, agents pathogènes, allergènes, variations climatiques — tout peut venir perturber un système finement calibré. Et contrairement au chien ou au chat, le cheval ne peut pas respirer par la bouche. La moindre obstruction des voies nasales ou le moindre bronchospasme se répercute immédiatement sur ses performances.
Dans cet article, nous abordons les principales affections respiratoires du cheval : des maladies infectieuses aiguës aux pathologies chroniques inflammatoires, en passant par les parasites pulmonaires et les atteintes liées à l’environnement. Comprendre ces pathologies, savoir les reconnaître tôt, et connaître les protocoles thérapeutiques modernes est indispensable pour tout propriétaire ou professionnel sérieux. Voici un tour d’horizon complet, basé sur des années de terrain et les données de la médecine vétérinaire actuelle.
- Les maladies respiratoires infectieuses du cheval : grippe, rhinopneumonie et gourme
- L'asthme équin : comprendre les formes légères, modérées et sévères
- Les infections des voies respiratoires supérieures : causes mécaniques et anatomiques
- Les parasites respiratoires et les pneumonies : ne pas négliger le fond
- Prévention et environnement : le rôle clé du propriétaire
Les maladies respiratoires infectieuses du cheval : grippe, rhinopneumonie et gourme
Les affections d’origine infectieuse sont de loin les plus fréquentes chez les jeunes chevaux et dans les structures où les animaux se côtoient régulièrement. Elles se transmettent rapidement, parfois en quelques heures.
La grippe équine (Influenza equi) est causée par des virus de type A/H3N8 ou A/H7N7. C’est une maladie très contagieuse. Les symptômes sont francs : toux sèche et explosive, hyperthermie brutale pouvant atteindre 41°C, jetage séreux évoluant vers du mucopurulent, abattement marqué et anorexie. On le voit souvent dans les concours ou les centres équestres : un cheval revient d’un rassemblement, et deux jours plus tard, la moitié du box est touchée. La vaccination antigrippale reste l’outil préventif majeur, avec des rappels semestriels obligatoires pour les chevaux en compétition FEI.
La rhinopneumonie est provoquée par les herpèsvirus équins EHV-1 et EHV-4. Elle se manifeste également par toux, jetage et hyperthermie, mais peut aussi entraîner des avortements chez les juments gestantes ou, dans ses formes neurologiques (EHV-1), des paralysies postérieures gravissimes. L’évolution est généralement plus insidieuse que la grippe. Le traitement est symptomatique (anti-inflammatoires, repos strict), car aucun antiviral n’est actuellement homologué à grande échelle chez le cheval.
La gourme (Streptococcus equi subsp. equi) mérite une attention particulière. Cette bactériose se caractérise par des adénopathies sous-maxillaires volumineuses et douloureuses, une hyperthermie élevée, un jetage nasal abondant jaunâtre, et parfois une dysphagie marquée. La gourme peut évoluer vers des formes compliquées : gourme bastarde (abcès dans des localisations atypiques), purpura hémorragique. Les recommandations actuelles déconseillent l’antibiothérapie systématique aux stades précoces, car elle risque d’empêcher la maturation des abcès tout en sélectionnant des résistances. La gestion passe par un isolement strict, une surveillance rapprochée et, en cas de collection, le drainage chirurgical.
Quelques points pratiques à retenir pour les maladies respiratoires infectieuses du cheval :
- Tout cheval présentant de la fièvre (> 38,5°C) doit être isolé immédiatement
- Le matériel (seaux, licols, brosses) ne doit jamais être partagé en période épidémique
- Les mesures de quarantaine doivent durer au minimum 21 jours après la guérison clinique
- La vaccination reste la prévention la plus efficace contre la grippe et la rhinopneumonie
L’asthme équin : comprendre les formes légères, modérées et sévères
Anciennement dénommé « COPD » (Chronic Obstructive Pulmonary Disease) ou « pousse », l’asthme équin est désormais mieux compris et reclassifié selon sa sévérité. On distingue l’asthme équin léger à modéré (anciennement Inflammatory Airway Disease ou IAD) et l’asthme équin sévère (anciennement recurrent airway obstruction ou « pousse »).
L’asthme sévère est probablement la pathologie respiratoire chronique la plus emblématique. D’expérience, on reconnaît ces chevaux à distance : le fameux « boulet de pousse » — cette hypertrophie des muscles abdominaux externe et interne due à l’effort expiratoire prolongé — est pathognomonique. La respiration biphasique avec double effort expiratoire, le jetage épais bilatéral, la toux grasse et profonde en début de travail ou en sortie de box : tout cela parle immédiatement à l’œil averti.
Mais quelles sont les causes de cette maladie respiratoire du cheval ? L’asthme équin sévère est une réponse inflammatoire chronique des voies respiratoires inférieures, déclenchée et entretenue par l’inhalation de particules organiques — spores fongiques, acariens, endotoxines bactériennes, poussières végétales. Le foin moisi, la litière poussiéreuse, les boxes mal ventilés : voilà les principaux coupables.
Le traitement repose sur deux piliers indissociables. Le premier est la gestion environnementale : c’est non négociable. Sortie au paddock maximale, foin trempé ou déshydraté, litière de copeaux ou de paille peu poussiéreuse, ventilation optimale du box. Aucun traitement médicamenteux ne peut compenser un environnement défavorable. Le second pilier est le traitement médicamenteux, qui comprend :
- Les bronchodilatateurs pour lever le bronchospasme
- Les corticoïdes (pour réduire l’inflammation
- Les mucolytiques pour faciliter l’expectoration
L’asthme équin léger à modéré est plus difficile à diagnostiquer. La toux occasionnelle à l’effort, la légère intolérance à l’exercice, les performances en dents de scie — ces signes nécessitent souvent un lavage broncho-alvéolaire (LBA) pour confirmer l’inflammation cytologique. Le traitement est similaire mais généralement de courte durée si l’environnement est corrigé rapidement.
Les infections des voies respiratoires supérieures : causes mécaniques et anatomiques
Les voies respiratoires supérieures du cheval — nasopharynx, larynx, pharynx, sinus — sont le siège de pathologies spécifiques que le praticien de terrain rencontre régulièrement, notamment chez les chevaux de sport à haute exigence ventilatoire.
L’hémilégie laryngée (ou « cornage ») est peut-être la plus connue. Elle résulte d’une dégénérescence du nerf laryngé récurrent gauche, entraînant une paralysie de l’aryténoïde gauche qui s’affaisse dans la lumière laryngée à l’effort. Le bruit caractèristique — ce sifflement rauque inspiratoire au galop ou au trot allongé — est inimitable. Elle touche préférentiellement les grands chevaux, souvent les Thoroughbreds et les Warmbloods. Le traitement chirurgical par larypexie (ou « tie-back« ) reste la référence, avec un taux de succès satisfaisant chez les chevaux de sport.
Le déplacement dorsal du voile du palais (DDVP) se manifeste par un bruit expiratoire typique en fin d’effort intense, parfois décrit comme un « gargouillement ». Le cheval tire souvent la langue ou est gêné dans son acceptation du contact. C’est une pathologie fréquente chez le trotteur et le galopeur. Les solutions vont du simple ajustement de la mise en main (enrênement) à la correction chirurgicale (myectomie du muscle sterno-thyro-hyoïdien).
Les maladies des poches gutturales méritent également d’être évoquées. Empyème (collection purulente), mycose des poches gutturales (gravissime par le risque hémorragique), ou simple tympanisme : ces affections se traduisent souvent par un jetage nasal unilatéral, parfois purulent ou hémorragique, accompagné d’un gonflement parotidien. La mycose des poches gutturales est une urgence absolue — des hémorragies fatales peuvent survenir par érosion des artères carotides.
Points diagnostiques importants de ces maladies respiratoires du cheval :
- Le jetage unilatéral doit toujours évoquer une atteinte des voies supérieures (sinus, poches gutturales)
- La fibroscopie est l’examen clé pour visualiser les voies aériennes supérieures
- Tout bruit respiratoire à l’effort doit être investigué, même chez un cheval jeune et en bonne santé apparente
Les parasites respiratoires et les pneumonies : ne pas négliger le fond
Si les parasites respiratoires sont moins fréquents depuis la généralisation des vermifuges modernes, ils représentent encore une réalité chez les jeunes chevaux ou ceux dont le protocole antiparasitaire est mal conduit. Dictyocaulus arnfieldi, le strongle respiratoire du cheval, est transmis par les ânes (souvent porteurs sains). Un jeune cheval au pré avec des ânes peut développer une bronchite parasitaire avec toux chronique persistante, souvent confondue avec de l’asthme. Le diagnostic repose sur la coproscopie larvaire de Baermann. Le traitement à l’ivermectine est efficace.
Les pneumonies bactériennes sont plus fréquentes chez le poulain que chez l’adulte. Chez le poulain de 1 à 5 mois, Rhodococcus equi est un agent pathogène redoutable, provoquant des abcédations pulmonaires massives. Les signes sont progressifs : toux, jetage, amaigrissement, fièvre intermittente. Le diagnostic repose sur la radiographie thoracique et la bactériologie du LBA. Le traitement classique associe rifampicine et macrolides pendant plusieurs semaines.
Chez l’adulte, les pneumonies bactériennes surviennent surtout après un stress immunitaire : transport prolongé (la « fièvre du transport »), autre infection virale, corticothérapie immunosuppressive. Streptococcus zooepidemicus, Pasteurella spp., et anaérobies sont souvent impliqués. La pleuropneumonie — infection bactérienne associée à un épanchement pleural — est une urgence vitale avec un pronostic réservé malgré un traitement agressif (antibiotiques à large spectre par voie IV, drainage pleural, soins intensifs).
À retenir sur les pneumonies :
- Toute toux accompagnée d’une asymétrie respiratoire, d’un abattement profond ou d’une douleur thoracique impose une consultation vétérinaire immédiate
- L’échographie thoracique est un outil simple, rapide et très informatif pour détecter un épanchement
- Un transport supérieur à 6 heures augmente significativement le risque de pneumonie par aspiration
Prévention et environnement : le rôle clé du propriétaire
Combien de pathologies respiratoires pourraient être évitées avec une meilleure gestion quotidienne ? Beaucoup, en réalité. La prévention reste le levier le plus puissant, et c’est souvent à portée de main.
La qualité de l’air en écurie est un sujet sous-estimé. Des mesures simples font une vraie différence. La ventilation naturelle doit être privilégiée : des fenêtres et des ouvertures en hauteur, des trappes de toit, et surtout ne jamais fermer hermétiquement un box pour « protéger du froid ». Un cheval supporte très bien le froid. En revanche, il souffre de l’humidité stagnante et des particules en suspension.
Voici les leviers essentiels de la prévention respiratoire :
- Le foin : choisir un foin de qualité, bien sec, sans moisissures visibles ni odeur rance. Le trempage du foin pendant 30 à 60 minutes réduit de 90 % les particules respirables
- La litière : privilégier les copeaux de bois à faible poussière, le papier déchiqueté ou les tapis de caoutchouc avec litière minimale. La paille de blé est la plus poussiéreuse
- L’entretien : ne jamais curer un box en présence du cheval. Éviter de secouer la litière ou le foin en hauteur dans des espaces confinés
- La vaccination : grippe et rhinopneumonie avec les rappels adaptés au niveau de compétition
- La vermifugation : un programme antiparasitaire raisonné, avec coproscopies régulières, pour adapter les traitements
- Le travail : échauffer progressivement les voies aériennes avant tout effort intense, surtout en hiver
La surveillance quotidienne est irremplaçable. Un praticien de terrain apprend à observer : la fréquence respiratoire au repos (10 à 14 cycles/min chez l’adulte), la qualité de l’expiration, la présence d’un jetage même discret, la tolérance à l’effort. Ces observations, consignées dans un carnet de suivi, permettent de détecter une dégradation progressive avant qu’elle ne devienne cliniquement sévère.
