Réveil à 5h30, odeur de paille fraîche, premiers hennissements dans la nuit encore noire. Avant même que les cavaliers n’enfilent leurs bottes, les lads sont déjà à pied d’œuvre. Ces professionnels du cheval constituent la colonne vertébrale de toute écurie sérieuse, qu’elle soit de course, de sport ou de loisir haut de gamme.
Mais qui sont vraiment les lads ? Le terme, emprunté à l’anglais, désigne les soigneurs spécialisés qui prennent en charge le quotidien des chevaux au sens le plus complet du terme : soins, pansage, alimentation, surveillance sanitaire, et parfois même travail à cheval. Un métier de passion, exigeant, souvent méconnu du grand public, mais absolument indispensable à la performance équestre.
Dans cet article, on va plonger dans les coulisses de ce métier fascinant : le rôle précis des lads, leurs compétences, leurs conditions de travail, leur formation, et pourquoi leur expertise fait toute la différence entre une écurie qui ronronne et une écurie qui gagne.
Le rôle des lads : bien plus qu’un simple soigneur
On l’entend parfois en tribunes ou dans les allées des hippodromes : « Le lad, c’est juste quelqu’un qui brosse les chevaux. » Cette idée reçue agace profondément tous ceux qui exercent ce métier. La réalité est infiniment plus riche.
Le lad soigneur est responsable d’un ou plusieurs chevaux dont il assure le bien-être complet, du matin au soir. Concrètement, sa journée commence avant l’aube avec la distribution des fourrages, l’inspection visuelle de chaque animal — un bon lad repère en quelques secondes qu’un cheval n’a pas touché à son foin, signe possible de colique ou de fièvre — puis le pansage minutieux qui prépare le cheval au travail.
Mais son rôle va bien au-delà. Les lads :
- Surveillent l’état de santé : température, transit, comportement, membres (chaleurs, gonflement, plaies)
- Préparent et ajustent le matériel : selles, brides, protections, bandages
- Gèrent l’alimentation individualisée selon les besoins de chaque cheval
- Accompagnent les chevaux aux séances d’entraînement et aux concours
- Communiquent avec les vétérinaires et les maréchaux-ferrants
- Entretiennent les boxes et maintiennent un environnement sain
Dans les écuries de course, certains lads exercent aussi en tant que lads jockeys : ils montent les chevaux à l’entraînement. C’est une spécialisation particulièrement exigeante, qui demande à la fois des compétences d’équitation solides et une connaissance fine du tempérament de chaque cheval.
D’expérience, les meilleurs lads développent une relation presque fusionnelle avec leurs chevaux. Ils connaissent leurs habitudes, leurs humeurs, leurs petites manies. Cette connaissance intime est irremplaçable et contribue directement à la performance sportive.
Les compétences indispensables d’un lad professionnel
Qu’est-ce qui distingue un lad exceptionnel d’un simple soigneur ? Pas forcément les diplômes — même si la formation compte — mais surtout un ensemble de compétences techniques et humaines forgées sur le terrain.
Sur le plan technique, le lad maîtrise :
- Le pansage complet (étrille, brosse, cure-pied, bouchon, peigne de crinière)
- L’application de bandages de repos et de travail
- La reconnaissance des signes cliniques courants : boiteries, coliques, fourbures, infections de peau
- La préparation des rations alimentaires selon les prescriptions de l’entraîneur ou du vétérinaire
- Le harnachement et l’ajustement du matériel de travail
- Les techniques de longe et de travail à pied
Sur le plan comportemental, c’est encore autre chose. Un cheval qui piaffe d’impatience dans son box à 6h du matin, ça demande du calme, de la lecture du comportement animal, et une gestuelle précise. Les chevaux de sport ou de course sont souvent des animaux sensibles, voire caractériels. Les gérer demande une autorité douce et une intuition développée au fil des années.
Les qualités humaines sont tout aussi essentielles :
- Rigueur et ponctualité : les horaires sont stricts, les chevaux ne connaissent pas les week-ends
- Résistance physique : le métier est physiquement intense
- Sens de l’observation : détecter une anomalie avant qu’elle devienne un problème
- Discrétion et loyauté : en milieu professionnel compétitif, la confidentialité est de mise
Formation et parcours pour devenir lad
Comment entre-t-on dans ce métier ? Plusieurs chemins existent, et ils ne se ressemblent pas tous. Certains lads ont commencé comme bénévoles dans un club d’équitation local à l’adolescence. D’autres sont passés par des filières de formation structurées.
En France, les principales voies de formation sont :
- Le CAPA Soigneur d’Équidés : certificat d’aptitude professionnelle, niveau CAP, idéal pour entrer rapidement dans le métier
- Le BAC Pro CGEA option « Élevage et valorisation du cheval » : formation plus complète, intégrant gestion d’exploitation et techniques d’élevage
- Le BP Activités Hippiques (BPAH) : brevet professionnel reconnu par la Fédération Française d’Équitation
- Les formations de l’AFASEC : l’Association de Formation des Apprentis du Secteur Équestre, spécialisée dans les métiers de la course, propose des apprentissages directement dans les écuries professionnelles
L’apprentissage est souvent le meilleur vecteur. Passer ses journées dans une vraie écurie, au contact de professionnels aguerris, forme bien plus vite que n’importe quelle salle de classe. On le voit souvent : les lads les plus compétents sont ceux qui ont commencé tôt, en touchant, en observant, en posant des questions.
La formation continue est également importante. Le milieu équestre évolue : nouvelles techniques de soins, nouvelles réglementations en matière de bien-être animal, évolution des pratiques nutritionnelles. Un bon lad reste curieux et se forme tout au long de sa carrière.
Conditions de travail et réalité du métier
Parler des lads sans aborder leurs conditions de travail serait incomplet. Le métier est beau, mais il est rude. Et il mérite qu’on le dise clairement, sans romantisation excessive.
Les horaires sont décalés et contraignants. Les chevaux se soignent sept jours sur sept, y compris les jours fériés et les week-ends. Une journée type commence vers 5h30-6h et se termine en milieu d’après-midi, avec une coupure. Mais en période de concours ou de courses, les journées s’allongent considérablement.
La rémunération reste un sujet sensible dans la profession. Les salaires débutants sont proches du SMIC, même si des primes, des avantages en nature (logement, repas) et des compléments liés aux performances peuvent améliorer le tableau. Les lads expérimentés dans les grandes écuries de course ou de sport de haut niveau peuvent accéder à des rémunérations plus attractives.
Les risques physiques sont réels :
- Chutes ou coups de sabots lors de la manipulation des chevaux
- Troubles musculo-squelettiques liés aux postures répétitives
- Exposition aux allergènes (poussière, pollen, squames)
Malgré cela — et c’est peut-être là le signe d’une vraie vocation — le taux de reconversion hors du milieu équestre reste faible chez les lads expérimentés. L’attachement aux animaux, la camaraderie d’écurie, le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’un simple emploi… tout ça crée des liens durables.
Les lads dans les grandes écuries : un maillon clé de la performance
Dans le monde de la course hippique, notamment au galop et au trot, les lads de course jouent un rôle stratégique qui dépasse le simple soin. Ils sont les yeux et les oreilles des entraîneurs. Leur retour quotidien sur l’état physique et mental des chevaux oriente les décisions d’entraînement, de participation aux courses, voire de traitements vétérinaires.
Un grand entraîneur, c’est souvent quelqu’un qui sait s’entourer de lads fiables. La relation entraîneur-lad est une relation de confiance. Quand un lad dit « ce cheval n’est pas dans son assiette aujourd’hui », un bon entraîneur l’écoute.
Dans les écuries de sport (saut d’obstacles, dressage, complet), les lads, plus souvent appelés groom dans ce cas, accompagnent les cavaliers en compétition. Ils gèrent la logistique des déplacements, le confort des chevaux en déplacement, le matériel. Un cavalier qui arrive concentré en paddock, c’est aussi parce que son groom a tout préparé en coulisses.
On observe aussi une évolution du métier vers davantage de spécialisation : certains se forment en ostéopathie équine, en nutrition sportive équestre, en éthologie. Ces profils hybrides sont de plus en plus recherchés dans les structures de haut niveau, où chaque détail peut faire basculer une performance.
Conclusion
Les lads et grooms incarnent quelque chose d’essentiel dans l’univers équestre : la passion du cheval au quotidien, sans projecteur ni médaille, mais avec une implication totale. Leur travail discret conditionne pourtant la santé, le bien-être et la performance de chaque cheval dont ils ont la charge.
FAQ – Questions fréquemment posées
Q : Quelle est la différence entre un lad et un soigneur ?
R : Le terme « lad » est souvent utilisé dans le milieu de la course hippique, tandis que « soigneur » est plus générique. En pratique, les deux assurent les soins quotidiens des chevaux. Un lad, cependant, peut aussi monter les chevaux à l’entraînement (lad jockey) et dispose généralement d’une spécialisation plus poussée liée au milieu compétitif.
Q : Combien gagne un lad en France ?
R : Un lad débutant perçoit généralement un salaire proche du SMIC (environ 1 750 à 1 900 € brut). Avec l’expérience et la spécialisation, notamment dans les grandes écuries de galop ou de sport de haut niveau, la rémunération peut atteindre 2 500 à 3 000 € brut, auxquels s’ajoutent parfois des primes de performance et des avantages en nature.
Q : Faut-il savoir monter à cheval pour être lad ?
R : Pas nécessairement pour toutes les fonctions. Un lad soigneur peut très bien exercer sans monter. En revanche, le poste de lad jockey exige une véritable maîtrise de l’équitation, car il s’agit de travailler les chevaux sous la selle lors des séances d’entraînement.
Q : Quelles sont les formations pour devenir lad ?
R : Les principales formations sont le CAPA Soigneur d’Équidés, le BAC Pro CGEA option cheval, le BP Activités Hippiques, et les formations de l’AFASEC pour les métiers de la course. L’apprentissage en écurie reste la voie la plus efficace pour acquérir une expérience terrain solide rapidement.
Encore à savoir sur les lads, grooms et soigneurs
Q : Combien de chevaux un lad gère-t-il en moyenne ?
R : Dans les écuries de course, un lad s’occupe généralement de 2 à 4 chevaux. Dans les structures de sport, ce chiffre peut varier de 3 à 6 selon la taille de l’écurie et l’organisation interne. Au-delà, la qualité des soins se dégrade nécessairement.
Q : Le métier de lad est-il physiquement éprouvant ?
R : Oui, indéniablement. Porter des sacs de granulés, curer des boxes, manier des chevaux parfois énergiques, se lever à l’aube… Le corps est mis à rude épreuve. Les troubles musculo-squelettiques sont fréquents chez les lads en activité depuis de nombreuses années. Une bonne hygiène de vie et des équipements adaptés aident à préserver sa santé.
Q : Les lads travaillent-ils le week-end et les jours fériés ?
R : Oui, sans exception. Un cheval ne connaît pas le calendrier des congés. Les rotations d’équipe permettent de gérer les repos compensatoires, mais la disponibilité en week-end et jours fériés est une réalité incontournable du métier.
Q : Existe-t-il des débouchés d’évolution pour un lad expérimenté ?
R : Tout à fait. Un lad expérimenté peut évoluer vers des postes de chef lad (responsable d’une équipe de soigneurs), assistant-entraîneur, responsable d’écurie, ou encore se spécialiser en nutrition équine, ostéopathie ou éthologie. Certains créent leur propre structure d’accueil ou de pension pour chevaux.
Q : Comment fidéliser ses lads dans une écurie professionnelle ?
R : La fidélisation passe par une rémunération juste, des conditions de travail respectueuses, de la reconnaissance au quotidien, et des perspectives d’évolution claires. Offrir des formations continues et impliquer les lads dans les décisions liées aux chevaux dont ils s’occupent sont des leviers très efficaces. Un lad qui se sent respecté et valorisé, ça se voit dans la qualité des soins.
Q : Le métier de lad est-il accessible aux femmes ?
R : Absolument. Le secteur s’est largement féminisé ces dernières décennies. Aujourd’hui, une grande partie des lads en activité en France sont des femmes, particulièrement dans les écuries de galop et de sport. Les
