You are currently viewing Colique du cheval : les gestes d’urgence

La colique figure parmi les premières causes de mortalité chez le cheval. Sur le terrain, on voit pourtant encore des propriétaires attendre deux heures « pour voir si ça passe » devant un cheval qui se roule. Ce délai se paie parfois très cher. Voici les gestes à connaître, les erreurs à éviter et les signes d’une situation qui ne peut pas attendre.

Une colique, c’est quoi exactement

Le mot désigne toute douleur abdominale, quelle qu’en soit la cause. Il recouvre des situations très différentes : un excès de gaz qui passe tout seul, un bouchon de fourrage dans l’intestin, ou un côlon qui se tord et demande une opération dans les heures qui suivent.

L’anatomie du cheval explique cette fragilité. Son estomac est petit, 15 à 20 litres environ, et il ne peut pas vomir : le sphincter qui ferme l’entrée de l’estomac ne se relâche pas dans l’autre sens. L’intestin grêle mesure une vingtaine de mètres, et le côlon, replié sur lui-même, forme des angles où le contenu se bloque ou se déplace. Pour aller plus loin sur cette mécanique, lisez notre article sur l’anatomie et le fonctionnement de l’estomac du cheval.

Les signes qui doivent vous alerter

Chaque cheval exprime la douleur à sa façon. Certains restent stoïques et se couchent sans bruit, d’autres en font beaucoup pour un peu de gaz, les pur-sang et les arabes ont cette réputation. L’intensité de la douleur ne dit donc pas grand-chose de la gravité de la lésion.

Les signes les plus courants : le cheval regarde son flanc, gratte le sol, se couche et se relève sans cesse, se roule, transpire sans avoir fourni d’effort, ou refuse sa ration alors qu’il est d’ordinaire gourmand. Une position de chien assis ou un ventre gonflé méritent aussi toute votre attention.

Appelez le vétérinaire sans attendre dans les cas suivants :

  • la douleur est forte et rien ne la calme ;
  • les gencives sont pâles, grises ou violacées ;
  • la couleur met plus de 2 secondes à revenir quand vous appuyez du pouce sur la gencive ;
  • le pouls au repos dépasse 60 battements par minute (la normale se situe entre 28 et 44) ;
  • le cheval est abattu, le regard vide, indifférent à ce qui l’entoure ;
  • le ventre est distendu ;
  • aucun crottin n’est sorti depuis plusieurs heures.

Les grandes familles de coliques

Le vétérinaire distingue les coliques gazeuses ou spasmodiques, souvent bénignes, les impactions causées par un bouchon de fourrage ou de sable, les déplacements du côlon, et enfin les torsions du côlon ou les étranglements de l’intestin grêle, qui exigent presque toujours une chirurgie. Les ulcères de l’estomac peuvent eux aussi provoquer des douleurs de type colique, sans passer par le bloc.

Aucune de ces formes ne se reconnaît à l’œil nu. Il faut une auscultation, un sondage par le nez jusqu’à l’estomac, une palpation par le rectum et parfois une échographie. C’est pour cette raison que l’avis du vétérinaire ne se remplace pas.

Ce que vous faites en attendant le vétérinaire

  1. Appelez-le tout de suite et décrivez ce que vous voyez : pouls, comportement, depuis quand, dernier crottin, dernier repas. Ces informations lui servent avant même son arrivée.
  2. Retirez le foin et les concentrés, et empêchez le cheval de manger sa paille si elle lui sert de litière. L’eau peut rester à disposition.
  3. Faites marcher le cheval doucement uniquement si la douleur est légère et qu’il vous suit sans difficulté. Si la douleur monte, arrêtez : marcher un cheval dont l’intestin est tordu l’épuise et aggrave le choc.
  4. Ne donnez aucun médicament sans l’accord du vétérinaire. Un anti-inflammatoire comme la flunixine (Finadyne) soulage, mais il masque les signes dont le praticien a besoin pour décider d’une opération.
  5. Prenez le pouls toutes les 10 à 15 minutes et notez-le, avec les crottins, l’urine et les bruits intestinaux que vous entendez en collant l’oreille au flanc.
  6. Préparez un licol, une longe, un bon éclairage et le van si une clinique est nécessaire. Certaines torsions doivent être opérées dans les deux à trois heures qui suivent les premiers symptômes.

L’accalmie qui trompe

Un cheval se roule une fois, se relève, reprend une posture normale. Son propriétaire soupire et rentre chez lui. Or certaines torsions du côlon passent par des phases d’accalmie, tout simplement parce que l’animal est à bout de forces. Un cheval qui se calme peut être épuisé, et l’état de choc s’installe souvent à ce moment-là.

Tant que le cheval n’a pas produit de crottins frais et mangé normalement, considérez que la colique n’est pas réglée.

Ce qui augmente le risque

Une étude de référence sur les facteurs de risque (Tinker et coll., Equine Veterinary Journal, 1997) a relevé plusieurs éléments qui reviennent systématiquement : un changement brutal d’alimentation, un accès à l’eau insuffisant ou une eau trop froide en hiver, des journées entières au box sans exercice, une vermifugation mal planifiée, l’ingestion de sable sur un sol de paddock, des antécédents de colique et le stress d’un transport ou d’un changement d’environnement.

La régularité des repas compte autant que leur composition. Un cheval qui reste plus de huit heures sans manger s’expose davantage aux coliques gazeuses et aux ulcères. L’inactivité ralentit aussi le transit, ce qui explique que certaines écuries voient des coliques apparaître après un week-end de repos complet, quand la ration de concentrés n’a pas été réduite en conséquence.

Prévenir au quotidien

On ne supprime jamais tout le risque, mais on peut réduire nettement la fréquence des coliques. Donnez le fourrage à volonté ou en plusieurs petites portions, au moins trois distributions par jour pour un cheval au box. Vérifiez que l’eau est propre et accessible en permanence, y compris les abreuvoirs automatiques quand il gèle. Étalez tout changement de foin ou d’aliment sur 7 à 10 jours. Basez la vermifugation sur des coproscopies plutôt que sur un calendrier fixe (notre article sur la vermifugation d’automne détaille le sujet). Maintenez un exercice régulier, et prenez l’habitude de compter les crottins : c’est banal et très efficace.

L’hiver demande une vigilance particulière, car les chevaux boivent moins. Notre guide sur le cheval en hiver au pré donne des repères utiles.

Les questions qu’on se pose dans l’urgence

Laisser un cheval se rouler

C’est possible s’il se trouve dans un espace sûr, un paddock sans obstacle ou un grand box. Le roulement ne provoque pas les torsions, c’est une idée reçue tenace : il accompagne la douleur. En revanche, un cheval qui se jette contre des murs ou des barres peut se blesser. Restez avec lui et guidez-le doucement vers un endroit plus dégagé.

Combien de temps attendre avant d’appeler

Au maximum une demi-heure si la douleur est visible et que le cheval garde un pouls et des gencives normaux. Dès qu’un signe grave apparaît (pouls élevé, muqueuses anormales, abattement), appelez immédiatement : pour une torsion intestinale, chaque minute compte.

Une colique qui passe toute seule

Les coliques gazeuses légères se résolvent souvent en moins d’une heure. Sans examen, vous ne pouvez pourtant pas savoir si vous avez affaire à cette forme bénigne. Mieux vaut ne pas parier là-dessus.

Le test du sable

On cite souvent le test du verre d’eau : délayez des crottins frais dans de l’eau, laissez reposer, et regardez si du sable se dépose au fond. Il reste approximatif. Le vétérinaire peut aussi entendre le bruit caractéristique du sable en auscultant l’abdomen.

Le coût d’une chirurgie

Une intervention pour colique coûte souvent entre 3 000 et 8 000 euros en France, selon la clinique et la complexité, hospitalisation comprise. Certaines assurances équines prennent ces frais en charge en tout ou partie, ce qui vaut la peine d’être vérifié avant d’en avoir besoin.

Gardez dans votre téléphone, et affichés à l’écurie, le numéro de votre vétérinaire et celui de la clinique de garde. Le jour où vous en aurez besoin, vous n’aurez pas le temps de les chercher.

Laurent

Passionné d'équitation depuis plus de 30 ans, Laurent est journaliste et a collaboré avec des titres comme Cheval Magazine, l' Éperon, Sport Éco. Il a aussi pratiqué le dressage et le CSO en compétition, et d'autres disciplines équestres.