You are currently viewing 10 exercices de mise en selle pour améliorer son assiette

L’assiette, c’est ce qu’on reconnaît immédiatement chez un cavalier confirmé. Cette façon de s’installer sur le cheval, de le suivre, de ne faire qu’un avec lui — sans crispation, sans accrochage, sans effort apparent. Avant d’atteindre cette aisance, la mise en selle est une étape cruciale. Et pourtant, derrière cette fluidité se cache un travail minutieux, souvent ingrat, que l’on répète des dizaines de fois avant d’en sentir les effets.

Que vous débutiez ou que vous montiez depuis des années, votre assiette mérite une attention régulière. Un bassin mal placé, une jambe qui remonte, des épaules en avant : les petits défauts s’installent sans qu’on s’en rende compte, et le cheval, lui, les ressent immédiatement.

La bonne nouvelle ? Il existe des exercices de mise en selle simples, ciblés, que vous pouvez pratiquer à chaque séance pour progresser concrètement. Dans ce guide, vous trouverez 10 exercices pratiques organisés en cinq grandes familles thématiques, avec des conseils issus de plus de vingt ans de travail en piste et en carrière. L’objectif : retrouver un équilibre du cavalier naturel, économique, et respectueux du dos du cheval.


Poser les bases : les exercices de conscience corporelle en selle

Avant de vouloir corriger quoi que ce soit, il faut d’abord sentir. C’est le principe fondamental de tout travail sur l’assiette, et c’est souvent là que le bât blesse : on monte, mais on ne s’observe pas.

Exercice 1 — La respiration consciente

Installez-vous au pas, rênes longues, et concentrez-vous uniquement sur votre respiration. Inspirez profondément, sentez votre cage thoracique s’ouvrir, vos épaules descendre. À l’expiration, laissez votre bassin s’alourdir dans la selle. Faites cela sur cinq à dix minutes. Vous allez rapidement réaliser à quel point vous reteniez votre souffle sans vous en apercevoir — et combien cette tension remontait jusqu’à vos mains.

Exercice 2 — Le scan postural

Toujours au pas, fermez les yeux quelques secondes (sur un cheval calme et dans un espace sécurisé). Posez mentalement la question : où suis-je dans ma selle ? Est-ce que je m’appuie davantage sur un ischion que sur l’autre ? Est-ce que mon poids glisse vers l’avant ? Ce scan postural révèle des asymétries que le miroir de carrière ne montre pas toujours. Notez mentalement ce que vous ressentez, puis corrigez en vous centrant consciemment sur vos deux os assis.

Ces deux exercices paraissent anodins. Ils sont en réalité la fondation de tout le reste. Un cavalier qui ne se perçoit pas ne peut pas se corriger.

Conseil pratique : intégrez ces exercices en début de séance, sur trois à cinq minutes. C’est un investissement minime pour un retour majeur.


Libérer les hanches et le bassin : les exercices de mobilité en mise en selle

Le bassin du cavalier est le grand chef d’orchestre de l’assiette. S’il est rigide, tout l’est : les jambes, les mains, le dos. La mobilité pelvienne est donc non négociable.

Exercice 3 — Le balancier antéro-postérieur

Au pas, sans étriers, faites basculer consciemment votre bassin d’avant en arrière. Antéversion — les hanches avancent, le bas du dos se creuse — puis rétroversion — le bassin bascule, le dos s’arrondit légèrement. Répétez lentement, en cherchant la fluidité, pas l’amplitude. L’objectif est de dissocier le mouvement du bassin de celui du buste.

Exercice 4 — Les cercles de bassin

Dans le prolongement du précédent, faites des rotations lentes du bassin, comme si vous dessiniez un petit cercle avec vos hanches. D’abord dans un sens, puis dans l’autre. Cet exercice est issu du yoga et de la Méthode Feldenkrais — deux disciplines qui ont beaucoup à apporter aux cavaliers. Il déverrouille les articulations sacro-iliaques et libère les tensions chroniques des lombaires.

Ces exercices se pratiquent au pas, sur dix à quinze minutes. Ils peuvent aussi se faire hors du cheval, debout ou assis sur un ballon de gym, pour entraîner le corps à trouver seul cette mobilité.

Conseil pratique : si vous sentez une raideur persistante d’un côté, c’est souvent le signal d’une asymétrie corporelle à travailler aussi en dehors de l’équitation — avec un kiné ou un ostéo.


Trouver l’équilibre sans les rênes : les exercices sans étriers

Travailler sans étriers reste l’un des outils les plus efficaces pour développer un équilibre profond. Les étriers sont un confort — parfois un refuge. Les retirer oblige le corps à trouver son centre de gravité naturel.

Exercice 5 — Le trot sans étriers

Croisez vos étriers devant le pommeau et trottez en assis. Ne cherchez pas à rester immobile à tout prix — laissez d’abord le mouvement vous traverser. Puis, progressivement, cherchez à absorber les oscillations avec votre bassin plutôt qu’avec vos bras ou vos jambes. C’est inconfortable au début. Après quelques séances, c’est révélateur.

Exercice 6 — Les bras en croix ou sur la tête

Toujours sans étriers, écartez les bras en croix ou placez les mains derrière la nuque. Cette contrainte force votre tronc à travailler seul pour maintenir l’équilibre. Vous réalisez immédiatement si vous vous accrochez aux rênes inconsciemment. C’est souvent une révélation — parfois un peu douloureuse pour l’ego.

Conseil pratique : débutez par courtes séquences (deux à trois minutes), surtout au trot. Inutile de forcer — la fatigue musculaire crée des compensations qui nuisent à l’apprentissage. La régularité prime sur la durée.


Stabiliser les jambes et affiner la position : les exercices de placement

Une jambe qui oscille, qui remonte au trot ou qui glisse en avant au galop — c’est l’un des défauts les plus courants et les plus pénalisants. La stabilité de la jambe conditionne la qualité de l’aide et la sécurité du cavalier.

Exercice 7 — L’enroulement de la cuisse

Assis à l’arrêt, retirez votre pied des étriers et laissez votre jambe pendre naturellement. Puis, sans forcer, faites pivoter doucement la cuisse vers l’intérieur pour que le genou se rapproche de la selle. Vous sentirez l’intérieur de cuisse venir en contact avec le cuir — c’est exactement le contact recherché. Replacez ensuite l’étrier en maintenant cette position.

Exercice 8 — Les cercles de cheville

À l’arrêt ou au pas, tournez lentement les chevilles, d’abord dans un sens, puis dans l’autre. La cheville doit être souple, absorbante. Une cheville raide remonte systématiquement le talon et rigidifie toute la jambe. Cet exercice simple, répété à chaque séance, améliore significativement le placement du talon et la descente du poids dans l’étrier.

Conseil pratique : pensez à allonger la sangle d’un ou deux trous sur une séance sans étriers, puis raccourcissez-la légèrement quand vous les reprenez — vous trouverez souvent que vous montiez trop court.


Coordonner les aides et affiner l’autonomie du buste : les exercices avancés

Quand la position commence à se stabiliser, il est temps de travailler la coordination des aides et l’indépendance des différentes parties du corps. C’est l’étape qui transforme un cavalier techniquement correct en cavalier efficace.

Exercice 9 — La dissociation main/assiette

Au trot, cherchez à garder des mains absolument fixes pendant que votre assiette suit librement le mouvement. Puis l’inverse : stabilisez l’assiette, laissez les mains céder légèrement. Cet exercice de dissociation révèle les connexions parasites — ces moments où la main bouge parce que le dos bouge, ou où le bassin se bloque parce que la main retient.

Exercice 10 — Le galop en deux-points, puis retour en assis

Alternez au galop entre position deux-points (buste légèrement penché en avant, poids dans les étriers) et assis profond. Ces transitions répétées développent une conscience fine de votre centre de gravité et renforcent les muscles stabilisateurs du tronc. Elles vous apprennent à revenir dans la selle sans « tomber » dessus — ce qui est une qualité précieuse, notamment à l’obstacle.

Conseil pratique : filmez-vous de temps en temps. Ce que vous croyez faire et ce que vous faites réellement sont souvent deux choses différentes. La vidéo est une correction en soi.


Conclusion : l’importance de la mise en selle

Améliorer son assiette n’est pas une question de talent, c’est une question de régularité et d’attention. Ces dix exercices de mise en selle ne demandent ni matériel particulier ni terrain spécifique — juste du temps, de la conscience, et l’envie sincère de progresser. Travaillez-les par cycles : deux ou trois exercices par séance, en rotation. Votre cheval vous dira rapidement si vous progressez : il sera plus détendu, plus en avant, plus répondant. Et vous, vous sentirez cette légèreté tant cherchée — ce moment où vous ne montez plus sur le cheval, mais avec lui.


FAQ sur les exercices de mise en selle

Q : À quelle fréquence pratiquer ces exercices de mise en selle ?
R : Idéalement, intégrez deux à trois exercices à chaque séance, en rotation hebdomadaire. La régularité sur plusieurs semaines produit des effets durables. Un travail intensif sur une seule séance est moins efficace qu’un travail modéré mais constant. Comptez quatre à six semaines pour ressentir une vraie différence dans votre équilibre général.

Q : Ces exercices conviennent-ils aux débutants ?
R : Oui, à condition d’adapter le niveau de difficulté. Les exercices 1 et 2 (conscience corporelle) sont accessibles dès les premières leçons. Les exercices sans étriers (5 et 6) sont plutôt réservés aux cavaliers ayant déjà une base solide au trot, et toujours sous la supervision d’un enseignant.

Q : Peut-on travailler l’assiette en dehors du cheval ?
R : Absolument. Le yoga, le Pilates, la natation et la Méthode Feldenkrais sont particulièrement complémentaires. Un travail de gainage doux et de mobilité pelvienne hors cheval accélère considérablement les progrès en selle, surtout pour les cavaliers adultes qui montent peu fréquemment.

Q : Comment savoir si mon assiette s’améliore ?
R : Plusieurs indicateurs concrets : vos mains bougent moins, votre cheval est plus régulier et plus détendu, les transitions sont plus fluides, et vous ressentez moins de fatigue musculaire après la séance. La vidéo reste le meilleur outil d’auto-évaluation entre deux cours.

Q : Faut-il absolument un moniteur pour progresser sur l’assiette ?
R : Un regard extérieur est toujours précieux, surtout pour identifier les asymétries que vous ne sentez pas. Mais entre les cours, ces exercices peuvent tout à fait être pratiqués seul, à condition de rester attentif et de ne pas développer de mauvaises habitudes de compensation. La vidéo peut partiellement remplacer l’œil du moniteur.

Laurent

Passionné d'équitation depuis plus de 30 ans, Laurent est journaliste et a collaboré avec des titres comme Cheval Magazine, l' Éperon, Sport Éco. Il a aussi pratiqué le dressage et le CSO en compétition, et d'autres disciplines équestres.