Un poney qui mange est un poney content, sauf quand il mange n’importe quoi. Dès qu’une clôture lui laisse une chance, il file brouter l’herbe d’à côté, et on ne peut pas vraiment le lui reprocher.
Cette gourmandise cache pourtant une physiologie fragile. Trop nourri, un poney risque la fourbure. Mal nourri, il perd en santé et en énergie. Que l’on soit propriétaire débutant ou cavalier expérimenté, l’alimentation mérite qu’on s’y arrête.
On passe ici en revue les bases fourragères, les compléments utiles, ce qu’il faut éviter de lui donner et la façon d’adapter la ration aux saisons et à l’activité.
Le foin et le pâturage, base de la ration
Le poney est un herbivore dont le système digestif est fait pour ingérer de petites quantités de fourrage presque en continu. Dans la nature, il passe la majorité de la journée à manger. Lui imposer de longues heures de jeûne est une source de coliques et d’ulcères.
Le foin est le pilier de la ration, surtout pour les poneys en box ou avec un accès limité au pré. Quelques repères :
- Comptez environ 1,5 à 2 % du poids vif en matière sèche par jour. Pour un poney de 200 kg, cela donne 3 à 4 kg de foin.
- Préférez un foin de prairie naturelle, assez fibreux et pas trop riche. La luzerne, très énergétique, se réserve aux poneys très actifs ou aux juments allaitantes.
- Un bon foin sent légèrement le sucré, jamais le moisi, garde une couleur vert doré plutôt que grise et ne dégage pas de poussière.
Le pâturage convient très bien à un poney, à condition de le doser. Sur une herbe rase et variée, il n’a souvent besoin de rien d’autre. Une herbe grasse de printemps, chargée en sucres, peut déclencher une fourbure chez les sujets prédisposés. Il faut alors limiter l’accès au pré, avec un paddock restreint ou une muselière à panier. Le poney vous en voudra peut-être, mais l’accessoire peut lui éviter une maladie douloureuse.
Concentrés et granulés, utiles mais pas automatiques
Les nouveaux propriétaires donnent souvent des granulés ou des céréales à leur poney avec l’impression de bien faire. Or la plupart des poneys n’en ont pas besoin quand le foin est de qualité et que le travail reste modéré.
Dans certains cas, un complément énergétique se justifie :
- poney très actif (compétition, endurance, travail intensif)
- jument gestante ou allaitante
- poney âgé qui maigrit malgré un bon foin
- sujet en convalescence ou en croissance
Si vous en donnez, quelques règles :
- Choisissez des granulés conçus pour poneys, moins riches que ceux des chevaux.
- Fractionnez la ration en au moins deux repas, sans gros repas unique. Les portions de plus de 500 g à la fois sont à éviter.
- Changez d’aliment progressivement, sur 10 à 15 jours, pour laisser la flore intestinale s’adapter.
- Les céréales brutes (avoine, orge, maïs) demandent de la prudence : elles sont souvent trop excitantes ou trop riches en amidon pour un poney.
Il m’est arrivé de voir des poneys de club devenir nerveux et difficiles à cause d’une ration de granulés dont ils n’avaient pas besoin. Une fois les concentrés retirés, le caractère s’est apaisé en quelques semaines.
Minéraux et vitamines
L’alimentation ne se résume pas aux calories. Minéraux et vitamines interviennent dans la solidité des os, la qualité du sabot, l’équilibre hormonal et les défenses immunitaires.
Un poney qui broute un pâturage varié et mange un bon foin couvre souvent l’essentiel de ses besoins. Quelques points méritent tout de même attention :
- Le sel : le complément de base, souvent oublié. Un bloc de sel minéral à disposition en permanence suffit, le poney se sert selon ses besoins.
- Le magnésium : parfois proposé aux poneys nerveux ou stressés, à voir avec le vétérinaire.
- Le sélénium : utile à la fonction musculaire mais toxique en excès, donc uniquement sur conseil du vétérinaire.
- Les vitamines A, D et E : bien couvertes par un foin vert et par le soleil. En hiver, ou pour un poney vivant surtout en box, une supplémentation peut être utile.
Si vous optez pour une pierre à lécher polyvalente, prenez-la formulée pour équidés et non pour bovins, car les teneurs diffèrent. Méfiez-vous aussi des produits d’entrée de gamme dont la composition est peu claire.
Ce qu’il ne faut pas donner à un poney
Un poney avale volontiers n’importe quoi, ce qui ne veut pas dire que c’est bon pour lui. Certains aliments sont dangereux, d’autres franchement toxiques.
- Pain, biscuits et sucreries : adorés des poneys, mais mauvais pour leur métabolisme et leur sensibilité à l’insuline. Le risque de fourbure est réel.
- Pommes de terre et tomates, des solanacées toxiques pour les équidés.
- L’if (Taxus) : extrêmement toxique, parfois mortel en quelques heures. À vérifier dans et autour des paddocks.
- Le chêne, feuilles et glands : ils provoquent des troubles graves lorsqu’ils sont consommés en quantité.
- Les tontes de gazon fraîches : elles fermentent vite et peuvent causer des coliques sévères.
- Les aliments moisis : un foin moisi expose à des coliques et à des troubles plus graves encore.
Côté friandises, les carottes, les pommes et les betteraves rouges passent bien. Une ou deux par jour suffisent, coupées en morceaux pour limiter le risque d’étouffement.
Adapter la ration aux saisons et à l’activité
La ration ne reste pas la même toute l’année. Beaucoup de propriétaires gardent pourtant le même schéma d’un bout à l’autre, quelle que soit la saison ou l’activité.
Au printemps et en été, l’herbe est abondante et souvent très riche. On réduit alors le foin en proportion et on surveille le poids, car un poney en surpoids à cette saison est un poney à risque. Les besoins en eau augmentent, et l’abreuvoir doit rester propre et accessible en permanence.
En automne et en hiver, le pâturage s’appauvrit : on augmente progressivement la ration de foin à partir d’octobre. Un poney dépense plus d’énergie pour se tenir chaud, et un poney tondu ou fin peut avoir besoin d’un petit supplément. Vérifiez aussi que l’eau ne gèle pas, car certains refusent de boire trop froid, ce qui augmente le risque de coliques.
Selon l’activité, un poney au repos ou en travail léger se contente de foin à volonté. En travail modéré à intensif, on ajuste les concentrés avec progressivité. En cas d’arrêt forcé après une blessure, on diminue tout de suite les concentrés pour éviter une fourbure de repos.
En résumé
Bien nourrir un poney, c’est respecter sa nature de petit herbivore au système digestif fragile. Un foin de qualité forme la base, complété au besoin par des minéraux et, dans certains cas seulement, par des concentrés adaptés. Le principal ennemi reste l’excès, de quantité comme de sucres.
Pesez les rations, observez le poids et le comportement de l’animal, et faites appel à votre vétérinaire ou à un nutritionniste équin pour un bilan personnalisé. Un poney ne dira jamais qu’il mange trop, mais ses sabots et son ventre le montreront.
FAQ sur la nourriture du poney
Combien de fois par jour faut-il nourrir un poney ?
Idéalement, il a accès au fourrage de façon quasi continue. En pratique, pour un poney en box, donnez le foin en deux ou trois repas en évitant les longues périodes sans rien. Répartissez aussi les concentrés en deux repas plutôt qu’un seul.
Un poney peut-il manger de l’herbe toute la journée ?
Cela dépend de la qualité de l’herbe et de la sensibilité du poney. Une herbe rase et pauvre en sucres ne pose pas de problème. Une herbe grasse de printemps, pour un poney prédisposé à la fourbure ou au syndrome métabolique, impose de limiter l’accès. La muselière à panier est alors une bonne solution.
Les carottes et les pommes sont-elles de bonnes friandises ?
Oui, avec modération. Une ou deux par jour, coupées en morceaux, car leur teneur en sucres peut déséquilibrer la ration en grande quantité.
Quelle quantité de foin pour un poney de 200 kg ?
Environ 3 à 4 kg par jour, soit 1,5 à 2 % du poids vif. On peut augmenter l’hiver ou pour un poney très actif, et réduire un peu si le pâturage est bon.
Mon poney est trop gros, comment adapter sa ration ?
Supprimez d’abord les concentrés inutiles et limitez l’herbe grasse. Gardez le foin, en choisissant plutôt un foin tardif, moins riche, et ajoutez de l’exercice régulier. Ne mettez jamais un poney à la diète sans foin, au risque d’ulcères et de coliques. Votre vétérinaire peut établir un plan adapté.
Un poney a-t-il besoin de sel en permanence ?
Oui, c’est un besoin quotidien chez les équidés. Un bloc de sel minéral à disposition dans le box ou le paddock suffit, et la consommation monte l’été ou lors d’efforts intenses.
Peut-on donner du pain à un poney ?
Mieux vaut l’éviter. Le pain, surtout blanc ou industriel, est riche en amidon et en sucres rapides, qui perturbent la flore intestinale et favorisent la fourbure chez les sujets sensibles. Des carottes ou des friandises conçues pour équidés sont préférables.
Quand donner des compléments alimentaires ?
Pas systématiquement. Un poney en bonne santé, au pré sur une herbe variée ou nourri avec un bon foin, couvre généralement ses besoins. Les compléments se justifient en cas de carence identifiée, de travail intensif, de gestation, de vieillesse ou de convalescence. Demandez l’avis de votre vétérinaire avant d’en introduire, notamment pour des minéraux comme le sélénium.
