Le Mustang incarne la liberté, l’aventure et l’esprit sauvage de l’Ouest américain. Ce cheval emblématique, descendant des montures espagnoles retournées à l’état sauvage, fascine autant qu’il interroge. Symbole vivant de l’histoire américaine mais aussi source de controverses écologiques, le Mustang représente un défi passionnant pour les cavaliers qui choisissent d’adopter ces chevaux au passé sauvage. Découvrez tout ce qu’il faut savoir sur le Mustang, de son histoire mouvementée à sa domestication, en passant par son tempérament unique.
L’histoire fascinante du Mustang
L’histoire du Mustang est intimement liée à la conquête de l’Ouest américain et remonte aux premiers conquistadors espagnols.
Les origines espagnoles
Contrairement à une idée reçue, les chevaux n’ont pas toujours existé en Amérique du Nord. Les équidés préhistoriques américains se sont éteints il y a environ 10 000 ans. Le cheval a été réintroduit sur le continent par les conquistadors espagnols au XVIe siècle. Ces chevaux, principalement de type barbe, andalou et sorraïa, étaient robustes, endurants et parfaitement adaptés aux conditions difficiles.
Certains de ces chevaux se sont échappés lors des expéditions ou ont été abandonnés. D’autres ont été volés ou libérés par les tribus amérindiennes qui ont rapidement maîtrisé l’équitation. Ces chevaux retournés à l’état sauvage se sont multipliés dans les vastes plaines américaines, trouvant des conditions idéales pour prospérer : vastes espaces, prédateurs limités, ressources abondantes.
Le mot « Mustang » viendrait de l’espagnol « mestengo » ou « mostrenco » signifiant « sans maître » ou « errant », évolution linguistique qui reflète parfaitement le statut de ces chevaux redevenus sauvages. Ces animaux ont développé des comportements de survie et une organisation sociale complexe qui caractérisent encore aujourd’hui leurs descendants.
L’âge d’or du Mustang sauvage
Au XIXe siècle, les populations de Mustangs explosent. On estime qu’entre 2 et 5 millions de chevaux sauvages parcouraient les plaines d’Amérique du Nord. Ces immenses troupeaux constituaient une ressource inépuisable pour les tribus amérindiennes, les colons, l’armée américaine, et les cow-boys qui capturaient régulièrement des Mustangs pour les dresser.
Les Mustangs ont joué un rôle crucial dans la conquête de l’Ouest. Leur endurance, leur rusticité et leur pied sûr en faisaient des montures idéales pour le travail du bétail, les longues chevauchées, et la vie rude des pionniers. Les meilleurs Mustangs capturés étaient considérés comme égaux, voire supérieurs, aux chevaux domestiques pour certaines tâches.
Les tribus amérindiennes, particulièrement les Comanches, les Sioux et les Nez-Percés, sont devenues d’excellents cavaliers et éleveurs. Elles ont développé des lignées spécifiques par sélection, créant notamment le célèbre Appaloosa à partir de Mustangs tachetés. Le cheval a révolutionné la vie des plaines, transformant des sociétés sédentaires en cultures nomades puissantes.
Le déclin dramatique du XXe siècle
Le XXe siècle marque un tournant tragique pour les Mustangs. L’expansion agricole et urbaine réduit drastiquement leur habitat. Pire encore, les Mustangs sont massivement capturés pour l’industrie de la viande chevaline et pour la fabrication de nourriture pour animaux domestiques. Des avions et hélicoptères sont utilisés pour traquer les troupeaux, méthodes brutales provoquant stress extrême, blessures et mortalité.
Dans les années 1950, on estime que seulement 25 000 Mustangs survivent, contre plusieurs millions un siècle plus tôt. Cette chute vertigineuse alerte l’opinion publique américaine. Une enfant de 11 ans, Velma Johnston surnommée « Wild Horse Annie », lance une campagne nationale pour la protection des Mustangs qui aboutit au Wild Free-Roaming Horses and Burros Act de 1971.
Cette loi fédérale place les Mustangs sous protection gouvernementale, interdisant leur capture, harcèlement ou mise à mort sans autorisation. Le Bureau of Land Management (BLM) devient responsable de la gestion des populations sauvages. Cependant, les controverses continuent concernant les quotas de capture, les méthodes de gestion, et l’équilibre entre protection des Mustangs et préservation des écosystèmes.
La situation actuelle des Mustangs
Aujourd’hui, environ 80 000 Mustangs vivent encore à l’état sauvage dans l’Ouest américain, principalement dans le Nevada, le Wyoming, l’Oregon, la Californie et le Montana. Des milliers d’autres sont détenus dans des corrals fédéraux, capturés pour réguler les populations jugées excédentaires par le BLM.
Le programme d’adoption du BLM propose ces Mustangs capturés à des particuliers moyennant une somme modique (125 à 1000 dollars selon l’âge et le dressage). Ce programme vise à offrir une seconde chance à ces chevaux tout en soulageant la pression sur les terres publiques. Des milliers de Mustangs sont ainsi adoptés chaque année par des Américains, et quelques-uns par des Européens prêts à relever le défi de domestiquer un cheval sauvage.
Les caractéristiques physiques du Mustang
Le Mustang n’est pas une race au sens strict mais plutôt un type de cheval défini par son origine sauvage et son histoire. Cette diversité se reflète dans une grande variabilité morphologique.
La taille et le format
Les Mustangs varient considérablement en taille, généralement entre 1,35 m et 1,55 m au garrot, avec une moyenne autour de 1,45 m. Cette taille modeste reflète la sélection naturelle en milieu difficile : les chevaux de format compact survivent mieux avec des ressources limitées et dans des terrains accidentés.
Le format est généralement compact et ramassé, avec un corps profond, des membres solides et courts, et une ossature dense. Le Mustang dégage une impression de force contenue dans un volume réduit, évoquant davantage un poney robuste qu’un cheval de selle élégant. Cette morphologie lui confère équilibre, agilité et économie de mouvement.
Le poids varie de 350 à 500 kg selon la taille et la lignée. Les Mustangs sont généralement plus légers que des chevaux domestiques de taille équivalente, résultat d’une vie avec des ressources alimentaires limitées et d’une activité physique constante.
La tête expressive et le profil
La tête du Mustang présente souvent un profil rectiligne ou légèrement convexe, héritage de ses ancêtres ibériques. De taille proportionnée au corps, elle se caractérise par un front large, des yeux expressifs légèrement en amande, et des oreilles mobiles de taille moyenne.
L’expression est alerte, intelligente, souvent empreinte d’une certaine méfiance naturelle chez les individus récemment capturés. Les naseaux sont bien développés, adaptation à la vie en altitude et aux efforts soutenus. L’ensemble dégage une impression de vigilance et de vivacité qui contraste avec l’apparence plus placide de nombreux chevaux domestiques.
Les membres et les pieds exceptionnels
Les membres du Mustang constituent l’une de ses plus grandes qualités. Courts, solides, avec des articulations sèches et des tendons bien dessinés, ils témoignent de générations de sélection naturelle favorisant la solidité. Les canons courts et épais offrent une résistance mécanique exceptionnelle.
Les pieds du Mustang sont légendaires. Durs comme de l’acier, compacts, avec une sole épaisse et des talons bien développés, ils permettent au Mustang de parcourir des terrains rocailleux sans ferrure. Cette qualité de pied résulte de l’usure naturelle constante sur terrains variés et de la sélection impitoyable : un cheval aux pieds fragiles ne survivait pas à l’état sauvage.
De nombreux Mustangs domestiqués peuvent être montés pieds nus toute leur vie, même avec un travail intensif. Cette caractéristique séduit particulièrement les cavaliers adeptes du barefoot (équitation pieds nus) et représente une économie significative en frais de maréchalerie.
Les robes variées
Les Mustangs présentent une diversité de robes reflétant leurs origines multiples. Toutes les robes sont possibles : bai, alezan, noir, gris, palomino, pie, rouan, et même les robes primitives comme le dun (isabelle) avec raie de mulet et zébrures.
Certaines populations de Mustangs présentent des caractéristiques spécifiques. Les Kiger Mustangs de l’Oregon arborent fréquemment la robe dun avec marques primitives. Les Mustangs des îles barrières de la côte Est présentent souvent des robes pies. Cette diversité génétique constitue un patrimoine précieux.
Les robes pies et les couleurs rares (crème, champagne, silver) attirent particulièrement les adoptants, même si la qualité du cheval ne devrait jamais se juger à sa robe. Un Mustang bai ordinaire peut être un bien meilleur partenaire qu’un Mustang à robe spectaculaire mais au tempérament difficile.
Le tempérament unique du Mustang
Le tempérament du Mustang se distingue radicalement de celui des chevaux domestiques de pure souche. Cette différence fondamentale doit être comprise et respectée.
L’instinct de survie développé
Le Mustang possède un instinct de survie exacerbé, résultat de générations de vie sauvage où la vigilance constante conditionnait la survie. Ce cheval réagit immédiatement au moindre stimulus inquiétant : il fuit d’abord, réfléchit ensuite. Cette réactivité le rend potentiellement dangereux pour un cavalier inexpérimenté incapable d’anticiper et de gérer ces réactions.
Cet instinct ne disparaît jamais complètement, même après des années de domestication. Un Mustang peut vivre vingt ans avec un propriétaire et conserver cette vigilance caractéristique. Cette particularité nécessite une approche spécifique et une compréhension fine du comportement équin.
Positivement, cet instinct fait du Mustang un cheval extrêmement sûr en extérieur une fois la confiance établie. Il détecte les dangers (trou, branche basse, terrain instable) bien avant le cavalier et s’en écarte naturellement. Sa capacité à évaluer son environnement et à prendre des décisions sécuritaires est remarquable.
L’intelligence et la mémoire exceptionnelles
Le Mustang fait preuve d’une intelligence remarquable, nécessaire à sa survie en milieu sauvage. Il apprend rapidement, mémorise durablement, et sait parfaitement faire le lien entre cause et effet. Cette intelligence facilite son dressage quand l’approche est correcte, mais le rend également capable de manipuler un humain peu expérimenté.
Sa mémoire est prodigieuse, tant pour les bonnes que pour les mauvaises expériences. Un Mustang maltraité se souviendra toute sa vie de cette agression et pourra développer des mécanismes de défense durables. À l’inverse, un Mustang traité avec respect et patience deviendra un partenaire loyal et fiable.
Cette intelligence implique que le Mustang s’ennuie facilement dans un environnement monotone. Il nécessite stimulation mentale, variété dans le travail, et défis intellectuels pour s’épanouir. Un Mustang sous-stimulé peut développer des comportements indésirables : tics, agressivité, dépression.
La méfiance naturelle envers l’humain
Contrairement aux chevaux domestiques sélectionnés pendant des millénaires pour leur docilité, le Mustang ne possède aucune prédisposition génétique à faire confiance à l’humain. Sa première réaction face à un bipède est la fuite ou, s’il se sent acculé, l’agression défensive.
Gagner la confiance d’un Mustang fraîchement capturé représente un défi considérable nécessitant patience, cohérence, et compréhension du langage équin. Ce processus peut prendre des semaines, des mois, voire des années selon l’individu et l’expérience du dresseur. Il n’existe pas de recette miracle : chaque Mustang est unique.
Une fois cette confiance établie, elle crée un lien d’une profondeur rarement atteinte avec des chevaux domestiques. Le Mustang qui a choisi de vous faire confiance développe une loyauté et une coopération exceptionnelles. Cette relation méritée représente l’une des plus grandes satisfactions pour les adoptants de Mustangs.
L’indépendance et le caractère affirmé
Le Mustang n’est pas un cheval soumis. Il conserve une indépendance de caractère et une forte personnalité qui peuvent déstabiliser les cavaliers habitués à des chevaux dociles. Il coopère quand il comprend l’intérêt de l’exercice, pas aveuglément par soumission.
Cette indépendance nécessite une équitation basée sur le respect mutuel plutôt que sur la domination. Le Mustang répond mieux à la suggestion claire qu’à la contrainte brutale. Un cavalier sachant communiquer dans son langage obtient une coopération volontaire et généreuse. Un cavalier autoritaire et brutal se heurte à la résistance ou au repli sur soi.
Le Mustang possède également un sens aigu de la justice. Il n’accepte pas l’incohérence ou l’injustice. Un dressage logique, cohérent et équitable gagne sa coopération. Des demandes absurdes ou des punitions imméritées génèrent méfiance et résistance. Cette exigence de cohérence fait du Mustang un excellent professeur pour les humains.
Les aptitudes du Mustang
Malgré ou grâce à son origine sauvage, le Mustang développe des aptitudes exceptionnelles dans plusieurs domaines équestres.
L’endurance : discipline de prédilection
Le Mustang excelle naturellement en endurance équestre. Habitué à parcourir quotidiennement de longues distances pour trouver eau et nourriture, il possède une capacité cardiovasculaire exceptionnelle, une gestion économe de son énergie, et une récupération rapide.
Les courses d’endurance voient régulièrement des Mustangs se classer parmi les meilleurs, battant des chevaux Arabes spécifiquement sélectionnés pour cette discipline. La Tevis Cup, course d’endurance mythique de 160 km en une journée dans la Sierra Nevada, a été remportée plusieurs fois par des Mustangs.
Cette aptitude naturelle s’explique par la sélection darwinienne impitoyable : seuls les chevaux endurants, économes et capables de récupérer rapidement survivaient. Le Mustang a littéralement été créé par la nature pour parcourir de longues distances avec un minimum de ressources.
Le trail et le TREC
Les disciplines d’extérieur comme le trail, le TREC ou le horse agility conviennent parfaitement au Mustang. Son intelligence, son agilité, son pied sûr, et sa capacité à gérer des situations inattendues en font un excellent cheval de pleine nature.
Face aux obstacles naturels (troncs, fossés, gués, dénivelés), le Mustang fait preuve d’un jugement remarquable. Il évalue la difficulté, choisit la meilleure trajectoire, et franchit avec assurance. Cette autonomie sécurise le cavalier en terrain difficile.
Sa vie sauvage lui a appris à gérer tous types de terrains : rocaille, sable, boue, neige, pentes raides. Aucun terrain ne le déstabilise vraiment. Cette polyvalence terrain fait du Mustang un compagnon idéal pour les cavaliers d’extérieur aventureux.
Le ranch sorting et le travail du bétail
Malgré sa taille modeste, le Mustang possède un instinct naturel pour le travail du bétail. Ses ancêtres ont été utilisés par les cow-boys, et certains Mustangs développent rapidement le « cow sense » nécessaire au tri et à la conduite du bétail.
Le ranch sorting, discipline consistant à trier des bovins selon un ordre précis, convient particulièrement au Mustang. Son agilité, ses accélérations franches, ses arrêts nets, et son intelligence situationnelle lui permettent d’exceller dans cette discipline exigeante.
En équitation western plus généralement, le Mustang trouve naturellement sa place. Son gabarit compact, son équilibre, et son tempérament correspondent bien à la philosophie western privilégiant l’autonomie du cheval et la légèreté des aides.
Le dressage et les disciplines olympiques
Le Mustang n’est pas destiné au dressage de haut niveau ou au CSO de compétition. Sa morphologie non spécialisée, son gabarit modeste, et ses allures fonctionnelles plutôt que spectaculaires limitent ses performances dans ces disciplines.
Cependant, plusieurs Mustangs ont prouvé qu’ils pouvaient atteindre des niveaux respectables. Leur intelligence facilite l’apprentissage des mouvements complexes, et leur compacité aide au rassembler. Des Mustangs ont été présentés jusqu’en niveau amateur de dressage avec de belles notes.
En saut, le Mustang saute volontiers mais sa puissance et sa technique limitent les hauteurs accessibles. Il convient au saut de loisir et aux parcours d’obstacles naturels, mais rarement à la compétition de CSO pure.
L’équithérapie et la médiation équine
Le tempérament du Mustang, une fois la confiance établie, convient remarquablement à l’équithérapie et aux programmes de médiation équine. Plusieurs programmes américains utilisent des Mustangs domestiqués pour travailler avec des publics difficiles : détenus, vétérans souffrant de stress post-traumatique, jeunes en difficulté.
La connexion qui se crée entre un Mustang et une personne qui gagne sa confiance possède une puissance thérapeutique documentée. Le parallèle entre le chemin du Mustang (capture, peur, apprentissage de la confiance, épanouissement) et celui de personnes ayant vécu des traumatismes crée une identification profonde.
L’honnêteté émotionnelle du Mustang (il ne ment jamais, n’est jamais hypocrite) en fait un miroir parfait pour le travail psychologique. Il répond à ce que vous êtes vraiment, pas à ce que vous prétendez être.
Adopter un Mustang : un défi à ne pas sous-estimer
Adopter un Mustang n’est pas une décision à prendre à la légère. Ce projet exige expérience, patience, et engagement à long terme.
Le profil du cavalier idéal
Adopter un Mustang fraîchement capturé nécessite une solide expérience équestre, idéalement incluant le débourrage et le travail de chevaux difficiles. Un cavalier débutant ou intermédiaire court à l’échec voire au danger. Le Mustang n’est pas un premier cheval.
Le cavalier idéal possède des connaissances en éthologie équine, comprend le langage corporel du cheval, sait gérer la pression et le relâchement, et fait preuve de patience infinie. La capacité à lire les signaux subtils du cheval et à adapter son approche est cruciale.
Mentalement, il faut accepter que le processus soit long, parsemé d’étapes de progression et de régression, et que le « produit final » ne ressemblera jamais à un cheval domestique standard. Le Mustang conservera toujours une part de sauvage. Aimer cette différence plutôt que la combattre est essentiel.
Physiquement, le travail d’un Mustang non débourré demande une condition physique correcte et une absence de problèmes de dos ou d’articulations. Beaucoup de travail s’effectue à pied, dans des positions parfois inconfortables, nécessitant endurance et souplesse.
Les programmes d’adoption aux États-Unis
Le BLM (Bureau of Land Management) organise régulièrement des adoptions de Mustangs capturés. Ces événements se déroulent dans divers États américains. Le processus d’adoption inclut une vérification du candidat (installations adéquates, expérience équestre), le paiement de frais d’adoption (125$ généralement, plus pour certains chevaux), et un engagement de soins appropriés.
L’adoptant obtient un titre de propriété conditionnel. Après un an de détention pendant lequel le BLM peut effectuer des contrôles, le titre définitif est accordé. L’adoptant s’engage à ne pas revendre le cheval pour l’abattage et à lui fournir des soins appropriés.
Certaines organisations proposent également des Mustangs déjà débourrés, facilitant grandement le processus pour des cavaliers moins expérimentés. Ces chevaux coûtent plus cher (1000 à 5000$) mais ont franchi les étapes les plus difficiles de la domestication.
Adopter un Mustang depuis l’Europe
Quelques Européens ont importé des Mustangs, processus complexe et coûteux. Il faut identifier un Mustang aux États-Unis, organiser le transport international (5000 à 10 000 euros), gérer les formalités sanitaires et douanières, et obtenir les autorisations d’importation.
Cette option s’adresse à des cavaliers très motivés et disposant d’un budget conséquent. Des organisations spécialisées accompagnent parfois ces projets. Le résultat : posséder un cheval unique en Europe, mais au prix d’investissements importants.
Une alternative consiste à adopter un Mustang déjà importé et domestiqué en Europe. Quelques passionnés élèvent des Mustangs sur le continent, et des Mustangs déjà dressés sont occasionnellement à vendre. Cette solution évite les complexités de l’importation tout en permettant d’acquérir ce cheval emblématique.
Les installations nécessaires
Un Mustang fraîchement adopté nécessite des installations sécurisées : paddock ou pré solidement clôturé (clôture haute et solide, minimum 1,50 m), sans possibilité de fuite. Les premières semaines, un espace restreint facilite l’approche et le travail.
Un rond de longe ou une carrière est indispensable pour le travail initial. Un abri protège des intempéries. L’accès à l’eau propre et au foin à volonté est évidemment essentiel. Les Mustangs étant habitués à une vie frugale, attention à ne pas les sur-alimenter au risque de fourbure.
Les installations doivent également garantir la sécurité du dresseur. Travailler un Mustang non domestiqué dans un espace ouvert est dangereux et contreproductif. Un travail progressif dans des espaces contrôlés sécurise et structure l’apprentissage.
Le processus de domestication du Mustang
Transformer un Mustang sauvage en cheval de selle coopératif constitue un processus long et structuré qui ne peut être improvisé.
Les premières semaines : établir la confiance
Les premiers jours après l’adoption, laissez le Mustang s’acclimater à son nouvel environnement sans le solliciter outre mesure. Votre présence régulière, calme, non menaçante, l’habitue progressivement à vous. Parlez-lui doucement, bougez lentement, évitez le contact visuel direct (perçu comme agressif).
La nourriture devient votre premier outil de connexion. Approchez-vous progressivement pendant qu’il mange, reculez avant qu’il ne manifeste d’inquiétude. Progressivement, raccourcissez la distance. L’objectif : associer votre présence au confort (nourriture) plutôt qu’à la menace.
Le premier contact physique peut prendre des jours à des semaines. Tendez la main, laissez-le venir sentir, ne forcez jamais. Le jour où il accepte de toucher votre main de son nez, c’est une victoire majeure. Progressez ensuite vers des caresses de l’encolure, des épaules, évitant initialement la tête (zone sensible).
L’apprentissage du licol et de la longe
Habituer le Mustang au licol constitue une étape cruciale et délicate. Utilisez la méthode du « approach and retreat » : approchez le licol, retirez-le avant la fuite, répétez jusqu’à acceptation. Cette technique basée sur le relâchement de pression enseigne au cheval que coopérer apporte le confort.
Les premières fois, le licol reste quelques secondes, progressivement quelques minutes, puis en permanence. Attachez une longe longue (5-6 mètres) que vous laissez traîner, permettant de l’attraper sans avoir à acculer le cheval. Progressivement, pratiquez l’arrêt en exerçant une pression sur la longe, récompensant chaque cession.
Le travail en longe développe le respect de la pression, la réponse aux demandes directionnelles, et les transitions d’allure. Commencez au pas dans un espace restreint, progressez vers le trot, le galop, les changements de main. Ce travail structure la communication et établit votre rôle de leader respecté.
La désensibilisation
Désensibiliser le Mustang à divers stimuli prépare sa vie domestique. Habituez-le progressivement au toucher de tout le corps, aux objets (brosses, couvertures, spray), aux bruits (sac plastique, moteur), aux mouvements brusques. Chaque nouvelle situation s’aborde graduellement, sans jamais forcer.
Le pansage devient un exercice de désensibilisation complet : brosser tout le corps, curer les pieds (étape souvent longue et difficile), manipuler les oreilles et la queue. Ces gestes quotidiens construisent la confiance et préparent le cheval aux soins vétérinaires et de maréchalerie futurs.
La désensibilisation ne signifie pas habituation à tout. Le Mustang conservera sa vigilance naturelle. L’objectif est qu’il apprenne à gérer sa peur plutôt qu’à fuir automatiquement, et qu’il vous fasse confiance pour évaluer les menaces réelles.
Le débourrage proprement dit
Le débourrage d’un Mustang s’effectue généralement plusieurs mois après l’adoption, quand la confiance est solidement établie. Les étapes incluent l’acceptation du tapis puis de la selle, l’habituation au poids (sacs de sable progressivement alourdis), et finalement le premier montoir.
La technique du « round pen » (travail en rond de longe en liberté) est souvent utilisée. Elle permet d’établir une connexion profonde, le cheval choisissant de venir vers vous plutôt que de fuir. Cette « join-up » marque un tournant dans la relation.
Le premier montoir doit être préparé minutieusement : le cheval accepte qu’on se penche sur lui, qu’on mette du poids dans l’étrier, qu’on monte et descende immédiatement. La première fois où vous restez en selle au pas pendant quelques minutes constitue un moment inoubliable, aboutissement de mois de travail patient.
La progression sous la selle
Les premiers mois sous la selle se concentrent sur les bases : avancer franchement, s’arrêter, tourner, accepter le contact. Travaillez dans un espace sécurisé avant de sortir en extérieur. Variez les exercices pour maintenir l’intérêt et éviter l’ennui.
Le Mustang apprend généralement vite grâce à son intelligence, mais peut aussi tester les limites. Restez cohérent, juste mais ferme. Récompensez généreusement les bons comportements. Punissez (par inconfort, jamais par violence) uniquement les comportements dangereux, ignorez les petites résistances.
La progression n’est pas linéaire. Des phases de régression sont normales, particulièrement au printemps quand les hormones travaillent. Adaptez vos attentes, revenez aux bases si nécessaire, conservez votre calme. Le Mustang détecte instantanément la frustration et se ferme.
Vivre au quotidien avec un Mustang
Une fois domestiqué, le Mustang reste un cheval particulier nécessitant une gestion adaptée à ses spécificités.
L’alimentation frugale
Le Mustang possède un métabolisme exceptionnellement économe, héritage de la vie dans des environnements souvent arides. Il maintient facilement son état corporel avec des rations qui affameraient d’autres chevaux. Cette frugalité est économique mais exige une surveillance pour éviter l’embonpoint et la fourbure.
Un Mustang au travail léger se contente généralement de foin de qualité moyenne à volonté. Les compléments concentrés sont rarement nécessaires sauf travail intensif. Les pâtures riches représentent un danger : limitez l’accès ou utilisez un panier si nécessaire.
Cette capacité à « vivre de l’air du temps » rend le Mustang idéal pour des propriétaires disposant de pâtures pauvres ou de budgets alimentaires limités. Il s’épanouit sur des terrains où d’autres chevaux perdraient du poids.
L’entretien minimal
Le Mustang est un cheval d’entretien facile. Son poil naturellement gras le protège efficacement des intempéries. Il n’a généralement pas besoin de couverture, même en hiver rigoureux, et vit très bien au pré toute l’année avec un simple abri.
Ses pieds exceptionnels nécessitent un parage régulier (6-8 semaines) mais rarement la ferrure,
