Les 15 et 22 mars 2026, les Français se rendront aux urnes pour élire leurs équipes municipales. Si ce scrutin engage l’avenir des communes pour les six prochaines années, il représente également un carrefour décisif pour l’avenir de la filière équestre. Dans le cadre des élections municipales 2026, la Fédération Française d’Équitation (FFE) déploie une stratégie offensive et pédagogique. Son but ? Rappeler aux futurs maires que les poney-clubs et centres équestres sont bien plus que de simples terrains de sport : ce sont de véritables poumons économiques, sociaux et éducatifs pour les territoires. Un Livre Blanc à l’attention des candidats a été publié.
À quelques semaines du premier tour des élections municipales, l’effervescence politique gagne l’ensemble du pays. Les programmes se peaufinent, les budgets se dessinent, et chaque secteur d’activité tente de faire entendre sa voix. Dans cette course à l’échalote démocratique, la Fédération Française d’Équitation a décidé de prendre les devants. Refusant de voir l’équitation reléguée au simple rang de « loisir accessoire » dans les futurs plans de mandat, l’instance dirigeante mène une campagne de sensibilisation d’une ampleur inédite auprès des candidats.
La démarche de la FFE s’inscrit dans un dialogue continu avec les pouvoirs publics. En tant qu’interface entre le Gouvernement, les collectivités territoriales et les acteurs de terrain, la Fédération sait que l’avenir des clubs se joue souvent à l’échelle ultra-locale : celle du conseil municipal.
Les centres équestres : des acteurs économiques et sociaux sous-estimés
Pour bien comprendre l’urgence de cette mobilisation, il faut sortir du prisme purement sportif. Implantés durablement au sein de nos communes – qu’elles soient rurales, périurbaines ou ultra-marines – les poney-clubs et centres équestres sont des structures profondément hybrides.
Organisés pour la très grande majorité sous le statut d’exploitations agricoles, ces établissements sont d’importants pourvoyeurs d’emplois. Moniteurs, palefreniers, soigneurs, mais aussi emplois indirects (maréchaux-ferrants, vétérinaires, fournisseurs d’aliments) : l’écosystème du cheval génère une économie de proximité forte, ancrée dans les territoires, et surtout non délocalisable.
Mais la force de ces structures réside également dans leur impact sociétal. Les centres équestres sont aujourd’hui de véritables « tiers-lieux » avant l’heure. Espaces de transmission, d’apprentissage et de rencontres, ils brassent les générations et les milieux sociaux. Ils contribuent de manière cruciale :
- Au lien social : En animant les territoires, notamment dans les zones rurales parfois désertées par les services publics.
- À l’inclusion : Grâce au développement exponentiel de l’équithérapie et du para-équestre, offrant des solutions adaptées aux publics en situation de handicap ou en difficulté sociale.
- À l’éducation : En reconnectant les jeunes générations avec le vivant. Mais aussi avec le rythme de la nature et le respect de l’animal.
Un appel au pragmatisme face aux contraintes budgétaires
L’argumentaire de la FFE intervient dans un contexte politique complexe. Les dotations de l’État aux collectivités se resserrent, et les futurs maires devront composer avec des budgets contraints. L’erreur serait de considérer le soutien à la filière équestre comme une dépense superflue.
C’est précisément le message que martèle Frédéric Bouix, président de la Fédération Française d’Équitation. Il souligne avec force la transversalité de l’impact des clubs :
« Face à des contraintes budgétaires fortes, les communes doivent opérer des choix structurants et impactants pour leurs concitoyens. Il est donc essentiel de reconnaître que les poney-clubs et centres équestres sont pleinement acteurs des politiques publiques locales portant sur l’aménagement du territoire, l’agriculture, le tourisme pour ne citer que quelques exemples. »
Cette citation met en lumière un point fondamental : le centre équestre est au carrefour de multiples compétences municipales. Il ne relève pas uniquement de l’adjoint aux sports. Il concerne l’adjoint à l’urbanisme (pour la gestion du foncier), l’adjoint à l’environnement (pour l’entretien des espaces naturels), l’adjoint à l’éducation (pour les activités périscolaires), et l’adjoint à l’économie ou au tourisme.
Frédéric Bouix en tire une conclusion claire à l’attention des candidats :
« La contribution économique, sociale et éducative de nos adhérents constitue un levier important pour les collectivités, qui mérite d’être davantage pris en considération dans les orientations municipales. »
Le « Livre Blanc » : Une feuille de route pour construire ensemble
Pour accompagner les discours de solutions concrètes, la FFE ne s’est pas contentée d’un communiqué. L’axe central de sa stratégie repose sur la diffusion d’un Livre Blanc dédié aux candidats. Présenté officiellement lors du Salon des Maires et des Collectivités Locales en novembre dernier, ce document se veut être une véritable boîte à outils.
L’objectif de ce Livre Blanc est double :
- Démontrer par l’exemple : Mettre en lumière, chiffres et études de cas à l’appui, les apports territoriaux des activités équestres.
- Fournir des leviers d’action : Illustrer concrètement comment une mairie, selon sa taille et son budget, peut accompagner ces établissements.
Quels sont les leviers d’action pour une mairie ?
Ce document stratégique balaie plusieurs axes d’intervention majeurs sur lesquels les futurs maires auront un pouvoir direct :
- L’accès et la protection du foncier : C’est le nerf de la guerre. Face à la pression immobilière, notamment dans les zones périurbaines, les maires ont le pouvoir de sanctuariser les terres agricoles équestres via les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU). Sans terre, pas de chevaux, et sans chevaux, pas de clubs.
- L’intégration dans les plans de mobilité : De nombreux enfants et adolescents dépendent de leurs parents pour se rendre au poney-club. Intégrer les centres équestres dans les dessertes de transports en commun locaux. Ou encore les relier via des pistes cyclables sécurisées est un enjeu majeur d’accessibilité.
- Le soutien aux projets éducatifs : En facilitant l’accès des écoles de la commune aux infrastructures équestres (à l’image du dispositif « Poney école ») ou en soutenant financièrement les licences pour les familles à revenus modestes.
- La visibilité de l’offre locale : En intégrant les événements des clubs (fêtes du club, concours, Journée du cheval) dans l’agenda culturel et touristique de la commune pour booster leur attractivité.
Jusqu’aux urnes, le monde équestre reste mobilisé
La route vers mars 2026 est encore longue, mais la dynamique est lancée. La FFE a d’ores et déjà annoncé qu’elle poursuivrait sa mobilisation sur le terrain tout au long du premier semestre de l’année. Ce travail de l’ombre s’effectuera directement depuis le siège fédéral. Mais aussi et surtout grâce au maillage des comités régionaux (CRE) et départementaux (CDE) d’équitation.
En profitant des nombreux événements sportifs, des championnats, ou des opérations de développement prévus d’ici les élections, les représentants de la filière iront à la rencontre des élus locaux. L’enjeu n’est pas de quémander, mais de co-construire. À l’aube de cette nouvelle mandature, le message du monde équestre est sans équivoque. Les poney-clubs et centres équestres sont prêts à s’investir pour le dynamisme de leurs communes. Mais sous condition que les futures équipes municipales soient prêtes, elles aussi, à leur tenir la bride.
