L’équitation exige une quête permanente de l’harmonie parfaite. C’est une recherche d’équilibre qui traverse les âges et les disciplines. Dans cet arsenal technique, le mors releveur occupe une place singulière. Il divise parfois les avis, fascine par son action et demande une maîtrise absolue. Tout comme l’artisan peaufine son œuvre, le cavalier doit comprendre ses outils. Le mors releveur, ou gag bit en anglais, ne déroge pas à cette règle d’or. Il ne s’agit pas d’un simple accessoire de mode équestre. C’est un instrument de précision destiné à modifier l’attitude de votre monture. Son utilisation requiert du tact, de la connaissance et une grande finesse de main.
- Comprendre la mécanique précise de cette embouchure
- Le profil type des chevaux concernés par cet outil
- Les différents matériaux et canons disponibles
- L'art du réglage et les montants spécifiques
- Les modes d'utilisation : quatre rênes ou alliances ?
- Précautions et risques pour l'intégrité physique
- L'importance de l'avis d'un professionnel
- Comparaison avec d'autres mors à effet releveur
- L'entretien de votre matériel pour une sécurité optimale
Comprendre la mécanique précise de cette embouchure
Le fonctionnement du mors releveur repose sur un principe mécanique unique. Il se distingue nettement des embouchures classiques comme le mors simple ou le mors de filet. Sa particularité réside dans la mobilité de ses montants. Ces derniers traversent les anneaux du mors grâce à des œillets spécifiques. Cette configuration permet au mors de glisser vers le haut lors de l’action de main.
L’action se répercute alors sur deux zones distinctes de la tête du cheval. La première zone concernée reste évidemment la bouche, et plus précisément les commissures des lèvres. La seconde zone d’impact se situe au niveau de la nuque de l’animal. Lorsque vous agissez sur les rênes, les montants coulissent et exercent une pression sur la têtière.
Cette double action provoque une réaction mécanique quasi immédiate chez le cheval. Il cherche à se soustraire à cette pression sur la nuque et les commissures. Pour ce faire, il remonte l’encolure et redresse sa tête. C’est exactement l’effet recherché par l’utilisation de cet outil correcteur. Il incite le cheval à transférer son poids vers l’arrière-main.
Il faut noter que l’intensité de l’action dépend grandement du matériel associé. Les montants peuvent être en cuir ou en corde, modifiant ainsi la rapidité de la réponse. La corde offre une action plus franche et plus rapide que le cuir. Le cuir, plus souple, offre un glissement moins fluide et donc une action plus progressive.
Le profil type des chevaux concernés par cet outil
Le mors releveur ne convient pas à tous les équidés. Il répond à des problématiques d’équilibre bien spécifiques rencontrées par les cavaliers. Son usage cible principalement les chevaux ayant une balance naturelle sur les épaules. On parle souvent de chevaux faits « en descendant » ou ayant beaucoup de masse à l’avant.
Ces chevaux ont tendance à s’appuyer lourdement sur la main du cavalier. Ils utilisent leur poids pour tirer vers le bas et accélérer sans contrôle. Ce déséquilibre vers l’avant compromet la sécurité et la qualité du saut ou des transitions. Le releveur intervient alors pour redresser cet avant-main trop pesant.
Il s’avère également utile pour les chevaux très puissants. Certains animaux possèdent une force musculaire importante dans l’encolure et le dos. Ils peuvent ignorer les demandes d’un mors simple lors de moments d’excitation intense. Le releveur offre alors un contrôle accru dans des situations critiques.
C’est souvent le cas sur les parcours de cross ou de jumping. L’adrénaline de la compétition pousse parfois le cheval à oublier les codes habituels. Le cavalier a besoin d’une réponse rapide pour rééquilibrer sa monture avant un obstacle. Le mors releveur apporte cette solution technique ponctuelle.
Cependant, il ne doit jamais devenir une solution de facilité permanente. Il pallie un défaut de dressage ou une conformation physique difficile. Son objectif final reste de rendre le cheval léger et autonome dans son équilibre.
Les différents matériaux et canons disponibles
L’efficacité du mors releveur dépend aussi du choix du canon. Le marché actuel propose une vaste gamme de matériaux et de formes. C’est une évolution technique qui permet d’adapter l’outil à la sensibilité de chaque bouche. Vous devez choisir avec soin pour garantir le confort de votre partenaire.
L’acier inoxydable reste le grand classique des écuries. Il est durable, lisse et ne s’oxyde pas avec le temps. Mais d’autres alliages apportent des avantages intéressants pour la décontraction de la mâchoire. Le cuivre, par exemple, encourage la salivation et la décontraction grâce à son goût.
Le Sweet Iron ou fer doux s’oxyde naturellement au contact de l’air. Cette oxydation produit un goût sucré très apprécié par la majorité des chevaux. Cela favorise une meilleure acceptation du mors et une mâchoire plus mobile.
Pour les bouches sensibles, la résine ou le caoutchouc offrent une alternative douce. Ces matériaux évitent le contact froid et dur du métal contre les barres. Ils conviennent aux chevaux qui craignent la main ou qui ont des dents fragiles.
La forme du canon joue aussi un rôle prépondérant. Les canons simples brisure agissent en pointe sur le palais. Les doubles brisures épousent mieux la forme de la langue et du palais. Il existe aussi des canons droits, plus stables mais parfois plus sévères. Les torsades, quant à elles, augmentent la sévérité de l’action sur les muqueuses.
L’art du réglage et les montants spécifiques
L’installation du mors releveur demande une attention toute particulière. Elle ne s’improvise pas et doit respecter une certaine logique mécanique. Vous devez impérativement utiliser des montants de releveur spécifiques. Ces montants passent dans les œillets du mors pour rejoindre les rênes.
Il existe deux types principaux de montants : en corde et en cuir. Les montants en corde glissent très vite et très fort. Ils offrent une action immédiate, presque sèche, sur la nuque du cheval. Ils sont souvent privilégiés pour les chevaux très forts ou insensibles.
Les montants en cuir sont plus lents dans leur action. Le frottement du cuir dans l’œillet métallique ralentit la montée du mors. Cela laisse une fraction de seconde au cheval pour réagir avant la pression maximale. C’est une option plus douce, recommandée pour une première approche de cet outil.
Le réglage de la longueur des montants influence l’efficacité du système. Trop longs, ils retardent l’action et diminuent l’effet levier. Trop courts, ils exercent une pression constante sur les commissures, ce qui est néfaste. Le mors doit se positionner normalement dans la bouche lorsque les rênes sont lâches.
Il est crucial de vérifier l’état de ces montants régulièrement. L’usure due au frottement peut fragiliser le cuir ou la corde. Une rupture en plein parcours pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le couple. La sécurité passe par une inspection méticuleuse de votre matériel avant chaque séance.
Les modes d’utilisation : quatre rênes ou alliances ?
L’utilisation du mors releveur offre deux possibilités distinctes de tenue de rênes. Le choix entre ces deux méthodes dépend de votre niveau technique. Il influence directement la précision de vos demandes et la clarté du message.
La méthode la plus puriste consiste à utiliser deux paires de rênes. La première paire s’attache directement au gros anneau du mors, comme un filet simple. La seconde paire se fixe à l’anneau situé au bout du montant de releveur.
Cette configuration à quatre rênes offre une finesse d’utilisation incomparable. Vous pouvez monter sur le filet simple la majorité du temps. Vous n’activez l’effet releveur que lorsque cela devient strictement nécessaire. C’est un pilotage de haute précision qui demande une grande dextérité manuelle.
L’autre option, plus courante, consiste à utiliser des alliances de mors. Ce petit morceau de cuir relie l’anneau du mors à l’anneau du montant. Vous n’avez alors qu’une seule paire de rênes à gérer dans vos mains.
Les alliances permettent de doser l’effet releveur de manière constante mais atténuée. Lorsque vous tirez, la pression se répartit entre l’effet direct et l’effet releveur. C’est une solution plus simple pour les cavaliers moins expérimentés avec quatre rênes. Cependant, elle ne permet pas de dissocier totalement les deux actions. L’effet releveur est présent à chaque tension de rêne, même minime.
Précautions et risques pour l’intégrité physique
L’usage d’un mors releveur n’est jamais anodin pour le cheval. Sa puissance mécanique peut causer des douleurs si la main est dure. C’est un outil qui peut rapidement devenir un instrument de torture involontaire. La sévérité de l’action sur la nuque est souvent sous-estimée par les cavaliers.
Une utilisation excessive ou brutale peut provoquer des lésions musculaires. La zone de la nuque est riche en terminaisons nerveuses et très sensible. Une pression trop forte peut entraîner des défenses violentes de la part du cheval. Il peut se cabrer ou s’encapuchonner pour fuir la douleur.
Les commissures des lèvres sont également exposées à des risques de blessures. Le frottement répété et la traction vers le haut peuvent causer des échauffements. L’apparition de « perlèches » ou de coupures aux coins des lèvres est un signale d’alarme. Cela indique souvent une main trop dure ou un matériel mal adapté.
Il faut aussi veiller à ne pas creuser le dos du cheval. En relevant l’encolure artificiellement, le cheval peut lâcher son dos. Il se traverse, perd son engagement et sa locomotion se dégrade. L’effet releveur doit toujours s’accompagner d’une forte impulsion venant des jambes.
L’objectif est de reporter du poids sur l’arrière-main, pas de figer le dos. Vous devez maintenir une activité constante des postérieurs pour compenser l’action de main. C’est toute la difficulté de l’équitation avec des enrênements ou des mors correcteurs.
L’importance de l’avis d’un professionnel
Face à la complexité des embouchures, l’avis d’un expert est précieux. Le métier de bit fitter se développe pour répondre à ce besoin précis. Ces professionnels analysent la morphologie buccale de votre cheval avec une grande précision.
Ils observent la place disponible dans la bouche et la forme du palais. Ils vérifient l’épaisseur de la langue et la sensibilité des barres. Chaque cheval possède une anatomie interne unique qui dicte le choix du mors. Ce qui convient à l’un peut être insupportable pour l’autre.
Le bit fitter vous proposera d’essayer le mors releveur en situation dynamique. Il observera les réactions du cheval lors du travail monté ou à la longe. Il pourra ajuster les réglages ou proposer un canon différent selon le ressenti.
Cette démarche professionnelle évite bien des erreurs d’achat et des tâtonnements inutiles. Elle place le bien-être du cheval au centre de la performance sportive. C’est un investissement rentable pour la santé physique et mentale de votre monture.
N’hésitez pas non plus à solliciter votre instructeur habituel pour cet essai. Il connaît votre niveau et les réactions habituelles de votre cheval. Son regard extérieur complétera l’analyse technique du spécialiste en embouchures.
Comparaison avec d’autres mors à effet releveur
Le mors releveur n’est pas le seul à proposer cette action redressante. Le mors Pessoa offre une action similaire mais avec un levier fixe. Les anneaux du Pessoa sont superposés et fixes, contrairement aux montants coulissants du releveur. L’action du Pessoa est souvent considérée comme plus dure et moins fluide.
Le mors Pelham peut aussi avoir un léger effet releveur selon son réglage. Cependant, son action principale reste l’effet abaisseur par la gourmette. Il incite le cheval à fermer son angle tête-encolure plutôt qu’à remonter.
Le mors Baucher possède une action légèrement releveuse mais très douce. Il agit par une légère pression sur la têtière grâce à ses branches supérieures. Il ne possède pas la puissance de levier du mors releveur classique. C’est une alternative pour des chevaux nécessitant un redressement très léger.
Le choix entre ces différents mors dépend de la subtilité du problème. Le releveur reste le champion de l’équilibre pour les chevaux très plongeants. Il offre une mobilité que les mors à branches fixes ne permettent pas.
C’est cette mobilité qui permet au cheval de ne pas se figer. Le jeu des montants coulissants garde la bouche « vivante » et réceptive. C’est un atout majeur pour conserver une communication fluide durant l’effort.
L’entretien de votre matériel pour une sécurité optimale
La durabilité de votre mors releveur dépend d’un entretien rigoureux et régulier. Les résidus de nourriture et de salive sèchent sur le canon après chaque séance. Ces dépôts peuvent devenir abrasifs et irriter les muqueuses délicates de la bouche.
Il convient de rincer le mors à l’eau claire après chaque utilisation. Vous devez frotter insister sur les jointures et les brisures du canon. C’est là que s’accumulent les saletés qui peuvent gripper le mécanisme.
Les montants de releveur méritent une attention toute particulière de votre part. S’ils sont en cuir, nettoyez-les régulièrement avec du savon glycériné. Nourrissez le cuir avec un baume pour conserver sa souplesse et sa résistance. Un cuir sec et craquelé risque de casser net sous la tension.
Pour les montants en corde, vérifiez l’absence d’effilochage ou d’usure prématurée. La corde doit glisser parfaitement dans les œillets du mors sans accroc. Si vous sentez une résistance, vérifiez l’état des œillets métalliques du mors. Une arête tranchante due à un choc pourrait couper la corde progressivement.
Stockez votre bridon dans un endroit sec et tempéré pour préserver les matériaux. L’humidité excessive peut oxyder certains métaux ou faire moisir les cuirs. Un matériel bien entretenu est le garant de votre sécurité à cheval.
FAQ : Tout savoir sur le mors releveur
Quelle est la différence entre un mors releveur et un mors Pessoa ?
Le mors releveur possède des montants qui coulissent à travers les anneaux, agissant sur la nuque et la bouche. Le mors Pessoa a des anneaux fixes superposés ; son action levier est plus rigide et souvent plus sévère.
Peut-on utiliser un mors releveur en dressage officiel ?
Non, le mors releveur est interdit dans la grande majorité des épreuves de dressage pur. Il est considéré comme un enrênement ou une aide artificielle modifiant l’attitude naturelle du cheval.
Est-il obligatoire d’utiliser deux rênes avec ce mors ?
Ce n’est pas obligatoire, mais c’est fortement recommandé pour une utilisation fine et précise. Les alliances permettent d’utiliser une seule paire de rênes, mais elles mélangent l’action releveuse et directrice en permanence.
Encore à savoir sur le mors releveur
Le mors releveur convient-il à un jeune cheval ?
Il est généralement déconseillé pour les jeunes chevaux en début de formation. On privilégie des mors simples pour leur apprendre à tendre leur ligne du dos et à prendre le contact.
Pourquoi mon cheval secoue-t-il la tête avec ce mors ?
C’est souvent le signe d’une gêne importante, d’une douleur ou d’une action de main trop forte. Vérifiez le réglage, l’état des dents, ou envisagez que ce mors ne convient pas à votre cheval.
Faut-il utiliser une muserolle spéciale avec un releveur ?
Non, une muserolle française ou combinée classique convient parfaitement. Il faut éviter de trop serrer la muserolle pour permettre au cheval de décontracter sa mâchoire malgré l’action du mors.
Quels sont les effets néfastes d’un mors releveur mal utilisé ?
Un mauvais usage peut provoquer un dos creux, une encolure renversée et des douleurs à la nuque. Le cheval peut aussi développer des défenses comme se cabrer ou refuser d’avancer.
Comment savoir si le mors releveur est bien réglé ?
Au repos, le mors doit se placer aux commissures sans tirer dessus excessivement (1 ou 2 plis maximum). Les montants de releveur doivent être tendus lorsque vous ajustez vos rênes, sans pour autant remonter le mors violemment.
